Un terrain glissant

À Brian Kenny, ministre de l’Éducation.

Un courriel envoyé cette semaine aux parents des élèves de l’École Sainte-Anne de Fredericton fait la promotion d’une activité de collecte de fonds au profit de l’école. Cette activité consiste à faire l’essai d’une voiture neuve, grâce à la collaboration d’un concessionnaire automobile de Fredericton. Pour chaque essai effectué, le concessionnaire s’engage à verser un montant d’argent à l’école. Ce n’est pas la première année où cette activité se tient à cette école.

Sachez que je déplore au plus haut point ce type de collecte de fonds en milieu scolaire. Il est des plus désolants de voir les écoles du Nouveau-Brunswick réduites à s’associer avec des entreprises privées afin de pallier au grave sous-financement chronique de notre système d’éducation public.

Ce qui peut sembler être, au premier abord, une belle initiative de la part du personnel d’une école, avec des retombées positives pour toutes et tous, cache toutefois un danger insidieux. Jusqu’où les écoles publiques doivent-elles aller afin de combler le manque à gagner de l’enveloppe de financement scolaire provenant du gouvernement? Combien de temps et d’énergie est-ce que le personnel d’une école doit mettre dans de telles collecte de fonds au lieu d’enseigner et de s’occuper d’activités parascolaires valables pour les élèves? Notez également que cette activité se tient un samedi, de 9h à 14h. Ce qui signifie que l’on s’attend à ce que le personnel de l’école sacrifie cinq heures de son temps de repos. Notez également que ce n’est pas la seule activité de collecte de fonds où l’on s’attend à ce que le personnel de l’école s’implique en dehors des heures de travail.

Le recours aux collectes de fonds et au secteur privé n’a-t-il pas pour effet de dédouaner le gouvernement de ses responsabilités et de donner l’impression que les choses ne vont pas si mal après tout? Si on y arrive avec un concessionnaire automobile, pourquoi ne pas chercher à obtenir des fonds d’autres entreprises privées? Pourquoi ne pas mettre les écoles en compétition les unes avec les autres pour l’obtention de la collaboration et du financement de la part des entreprises privées? Tout cela ne ferait qu’empirer les problèmes soulevés ci-haut.

Si vous voulez avoir une idée de ce qui risque d’arriver lorsque les gouvernements abdiquent graduellement leurs responsabilités en ce qui concerne le financement public de l’éducation, vous n’avez qu’à regarder ce qui se passe, entre autres, dans divers états américains où l’influence de l’industrie pétrolière est telle que cette industrie décide maintenant du curriculum scolaire en échange de sa contribution financière.

Qui plus est, et pour terminer, sachez que le financement du système d’éducation du Nouveau-Brunswick dépend largement du fait que les enseignantes et enseignants dépensent de l’argent de leurs propres poches afin de se procurer tout le matériel didactique dont elles et ils ont besoin afin de se conformer aux exigences du curriculum d’enseignement. Cela totalise rapidement des centaines de dollars par année par enseignants, des milliers de dollars au cours d’une carrière.

Jean Sauvageau
Fredericton