Quand le ministre de la Santé fait état de ses gros muscles

Drôle de coïncidence! Le ministre de la Santé Benoît Bourque a voulu montrer ses gros muscles alors même que la Régie de la santé Vitalité réitérait son opposition à la privatisation des soins de santé. Impressionnant!

Il a tenu à dire qu’il est le grand patron et qu’il a le loisir d’embaucher et de congédier le directeur général des régies de santé. Ils servent, ajoutait-il, à son bon vouloir. Le ministre n’aurait pas pu choquer davantage les citoyens, plus particulièrement les francophones qui réclament une entité avec tout ce que cela suppose de pouvoirs réels.

Pour un ministre en début de mandat, il s’est montré pour le moins autoritaire. Même si en principe ce qu’il dit est vrai, il démontre que la structure organisationnelle des régies est bidon. Quand un ministre peut outrepasser les décisions d’un tel corps décisionnel, il démontre que le pouvoir de ces entités n’est qu’illusion.

Les citoyens élisent une majorité de membres à ces régies. Ceux-ci, en retour, formulent les politiques qui guident la direction générale dans ses opérations. Mais, ils n’embauchent pas le directeur ou la directrice générale, ce qui, normalement, est un des rôles premiers d’un véritable conseil d’administration.

À quoi sert tout ce branle-bas d’énergie si le directeur général n’est pas l’employé de la régie? Le ministre Bourque dit clairement qu’il peut accorder et enlever à loisir des responsabilités à ces entités. Que veut-il prouver au juste? À qui le directeur général doit-il sa loyauté? Au ministre de la Santé qui a la possibilité de l’embaucher et de le congédier ou au conseil d’administration qui selon les règles les plus élémentaires de la gouvernance devrait être son vrai patron? Drôle de situation! Il n’y a que les gouvernements pour créer de pareilles formules hybrides. Il n’y a pas qu’en mythologie qu’on découvre des monstres à deux têtes.

Non seulement, le ministre Bourque jouit-il de cette possibilité, il peut maintenant se baser sur un précédent pour mettre son pouvoir à exécution. On se rappellera l’ancien ministre de la Santé Victor Boudreau, qui a remercié Rino Volpé, le directeur général de la régie Vitalité, prétextant qu’il avait violé les modalités de son contrat d’emploi. Mieux vaut ne pas contrarier le grand patron! Et dire que le renvoi de cet homme compétent a coûté aux citoyens la jolie somme de 627 525$ en guise d’indemnisation.

Tout ne tourne pas rond au ministère de la Santé surtout quand on flatte le «boss» dans le mauvais sens du poil. L’ancienne médecin-hygiéniste en chef, Dre Eilish Cleary, a dû déguerpir peu de temps après avoir rendu public un rapport qui laissait entendre que le pesticide glyphosate, avec lequel la compagnie Irving arrosait allègrement la forêt entourant le réservoir d’eau des villes de Dieppe, Moncton et Riverview, aurait possiblement des attributs cancérigènes. Sa conclusion était basée sur des données de l’Organisation mondiale de la santé. Son renvoi a coûté 720 000$. Manquerait-il d’argent, par hasard, dans la province?

On a démembré le bureau du médecin-hygiéniste en éparpillant 70 des 100 employés dans trois ministères autres que la santé. Que les cieux nous protègent d’une épidémie grave. Rien ne dit que tout ce monde ne voudra collaborer.

Et maintenant, le gouvernement s’acharne à démembrer les régies en retirant de leur juridiction le programme extra-mural.

Même si l’actuel ministre de la Santé dit au Telegraph Journal qu’il y a plus de gens qui sont d’accord avec lui sur ce plan, il n’en est rien. Absolument personne ne veut de ce transfert vers le secteur privé autant dû côté anglophone que francophone. Mais le ministre Bourque veut nous faire avaler des couleuvres. C’est choquant! Si on en juge par les histoires d’horreur qu’on entend du côté d’Ambulance NB, on peut s’attendre à une véritable diminution de la qualité des soins de santé à domicile.

Voilà ce que donne un gouvernement qui trame les grandes décisions à huis clos sans consulter les experts et la population: une voie directe vers le chaos. Les gouvernements qui ignorent le désir des citoyens finissent par en payer le prix. Les grands patrons dans une démocratie, ce ne sont pas les élus, mais bien les électeurs. Qu’on se le tienne pour dit.

Hector J. Cormier
Moncton