Le français en dérive dans Kent-Nord

Je suis originaire de Beaverbrook, un petit patelin acadien situé dans le grand Miramichi. Ce village a réussi à préserver sa langue et sa culture, bien que l’assimilation ait laissé ses traces ici et là, même au sein de nos familles acadiennes.

Le Centre scolaire communautaire Carrefour Beausoleil a certainement aidé à maintenir la culture française dans la région de la Miramichi. Les jeunes qui le fréquentent peuvent bénéficier d’un centre scolaire bien équipé et offrant divers services. J’ai observé aussi que des marchands de cette région faisaient de grands efforts pour desservir la clientèle francophone, et c’est tout en leur honneur.

Depuis quelques années, je n’habite plus cette région et je ne m’ennuie pas des batailles que nous devions livrer pour obtenir des services en français. La communauté où je demeure présentement se situe dans Kent-Nord. C’est un beau milieu francophone, mais je trouve désolant le laxisme de la part des dirigeants, que ce soit aux niveaux municipal, provincial ou fédéral.

Le service en français dans cette région laisse à désirer. Je ne comprends pas comment les francophones peuvent tolérer que le service dans certains commerces leur soit offert uniquement en anglais. Prenons, par exemple, le Tim Horton’s. Je suis frustré de ne pas pouvoir être me faire servir dans ma langue.

Où sont les gens de la communauté quand vient le temps de défendre notre beau drapeau acadien? Est-ce que d’autres Monsieur Sippley pourraient se lever et dénoncer le fait que des commerces se foutent royalement des francophones?

N’est-il pas étrange qu’il soit plus facile de se faire servir en français dans une région majoritairement anglaise, comme le grand Miramichi, que dans Kent-Nord? Est-ce possible que les Acadiens et Acadiennes de cette région aient baissé les bras à ce point?

Il est malheureux que certains politiciens et dirigeants, à divers niveaux de gouvernance, manquent le mordant et la conviction nécessaires pour protéger nos droits et défendre notre cause. Où sont passés les fervents défenseurs des Acadiens et Acadiennes? Dorment-ils au gaz?

Chose certaine, la neutralité ne peut que conduire à notre disparition. Elle n’est pas garante de nos acquis et de notre survie en tant que peuple acadien.

Émile Richard
Bouctouche