Les plus influents

On a parlé de la pénurie de femmes au palmarès des 30 francophones les plus influents au Nouveau-Brunswick. Cette pénurie s’explique peut-être tout simplement par le fait qu’en Acadie, comme ailleurs, les nombreuses femmes qui au cours des dernières années ont accédé à des postes de direction ont cherché, non pas le prestige, mais le moyen d’accomplir des choses qui améliorent vraiment la vie. Je pense, par exemple, à toutes ces femmes qui se sont investies en politique municipale dans la province, alors que l’Association des municipalités francophones du Nouveau-Brunswick continue de ressembler à un repaire de gars. Ou à toutes ces femmes qui œuvrent au réseau de santé pour assurer la pérennité des services malgré tous les assauts dont le système est victime.

Mais il y a un autre aspect où le palmarès semble dérisoire: la défense des intérêts acadiens. Les trois premiers de la liste ne sont pas exactement des porte-étendard du français dans leur milieu. Brian Gallant a failli renvoyer la Commissaire aux langues officielles parce qu’elle insistait sur le fait que la Loi devait être respectée. Et il a rejeté du revers de la main la notion qu’un bon nombre de postes de hauts fonctionnaires provinciaux devraient être occupés par des personnes bilingues. Quant aux deux suivants (Petitpas Taylor et LeBlanc), ils ont refusé d’appuyer à Ottawa un projet de loi stipulant que les juges de la Cour suprême devraient être bilingues. Pour ce qui est du troisième, bien je lui en veux encore de ne pas comprendre l’insulte que la biographie de son père ne soit qu’en anglais.

Je ne me rendrai même pas au quatrième et cinquième (Bourque et Lord) qui, devant toutes les protestations du milieu acadien, continuent de nous faire croire que notre santé passe par la privatisation.

La place des femmes est certes déficitaire dans ce palmarès, mais un trop fort pourcentage de ce palmarès nous rappelle que, quand il s’agit d’avancer sa carrière au Nouveau-Brunswick, ça se fait trop souvent au détriment des vrais intérêts linguistiques, sociaux et économiques des Acadiens.

Bonne année.

Jean-Guy Duguay
Moncton