Don Quichotte s’amènerait-il dans l’arène acadienne?

Si par hasard vous êtes un leader d’un certain âge qui se démène pour des causes relatives à la langue et à la santé, peut-être seriez-vous un Don Quichotte! À vous battre pour des causes perdues! C’est Bernard Thériault qui le dit dans sa chronique de fin d’année.

Pour ceux qui auraient oublié leurs notions littéraires, Don Quichotte est le personnage d’un célèbre roman espagnol. Généreux, idéaliste et un peu décalé de la réalité, il part à la défense des opprimés pour redresser les torts, mais sans avoir les moyens de triompher. Dans sa fantaisie, il imagine les moulins à vent comme des géants dont les ailes sont de grands bras. Il attaque, mais le colosse, aux membres forts et démesurés, le renverse après avoir fracassé son épée.

Que nous soyons de la SANB, d’Égalité Santé en français ou de l’Association francophone des aînés, ce serait du pareil au même parce que tous du même âge ou à peu près et épris d’idéalisme. Nous ne savons plus communiquer avec les générations plus jeunes, les X et les Y. Whatever! Il n’y a que Brian Gallant qui saura le faire. Se battre pour la préservation d’institutions propres aux Acadiens serait peut-être chose futile! Les moulins à vent auraient peut-être eu raison de nous? Don Bernard Thériault semble le croire.

Et, quelles causes revendiquons-nous par les temps qui courent? Le démantèlement du système de santé n’a jamais fait partie de la campagne libérale. Malgré une opposition généralisée, on vient quand même de transférer vers le secteur privé, sur un plateau d’argent, sa composante la plus appréciée, le programme Extra-Mural. Si c’est ce que Brian Gallant entend par faire de la politique autrement, nous venons de comprendre! Un véritable coup pour la démocratie!

Plus de trente-six réunions d’information, dont neuf présidées par le ministre de la Santé, ont été tenues dans la province. Tant chez les anglophones que chez les francophones, on crie à tout venant qu’on n’en veut pas de privatisation des soins de santé, surtout que, du côté de la régie Vitalité, on a déjà réussi à équilibrer le budget. Malgré tout, le premier ministre Gallant refuse de recevoir ses dirigeants, ceux-là mêmes qui prévoient un surplus de 3 millions au cours des dix prochaines années. Y a-t-il quelque chose que nous n’avons pas compris?

On nous répète à satiété que parce que la population vieillit, les services de santé seront plus efficaces chez Medavie, une entreprise privée spécialisée en assurance. Allons-y voir! Les histoires d’horreur du côté d’Ambulance NB démontrent que les conditions se sont détériorées de façon dramatique en trois ans: c’est plus de 14 000 fois que les ambulances ont été immobilisées faute de personnel. Ça se passe surtout dans le Nord. Les frais d’exploitation sont passés de 39 à plus de 101 millions depuis 2007, un taux de croissance de près de 260%. Et les exigences de la Loi sur les langues officielles, on prétend s’en occuper!

On a mis entre les mains de Medavie un programme fort estimé qui fonctionnait très bien à un coût moindre dans le secteur public. Au privé, il coûtera 44 millions $ de plus en dix ans. Comprenne qui peut!

Quand les politiciens perdent contact avec les électeurs, ils se font souvent montrer la porte comme ce fut le cas de Shawn Graham qui a voulu vendre une partie de la province au Québec. David Alward a subi le même sort en voulant promouvoir l’exploitation du gaz de schiste contre le désir des citoyens. Les habitudes électorales seraient-elles en train de changer? Prenons pour preuve l’élection de Valérie Plante à la mairie de Montréal. Coderre s’est complu dans sa suffisance et son arrogance avec la conséquence qu’on connaît. Et, comment expliquer, autre que par la désaffection, l’élection d’un deuxième candidat du Parti vert dans l’Île-du-Prince-Édouard, et, ce, dans la circonscription libérale de Charlottetown-Parkdale?

Que nous voulions garder le système de santé dans son intégralité et sous une gestion publique tel que l’exige la Loi canadienne sur la santé, il n’y a rien là d’irraisonnable. Don Thériault penserait-il que nous sommes à nous battre contre des moulins à vent? Non, nous sommes à songer aux prochaines élections.

Hector J. Cormier
Moncton