Les trois filtres

Dans son immense sagesse, l’illustre philosophe grec Socrate (469-399 av. J.-C.) enseignait à ses disciples l’importance d’appliquer le test des «trois filtres» avant de proclamer quoi que ce soit. Il s’agissait de se demander si les propos que l’on se préparait à tenir étaient «véridiques» (vérifiés), «utiles» et motivés par un sentiment de «bonté».

Si chacun appliquait ce test dans leur vie quotidienne, j’ai l’impression que la face du monde en serait radicalement changée.

Peut-on imaginer quelle société serait la nôtre si nos gouvernements soumettaient toutes leurs déclarations et toutes leurs décisions à l’épreuve de ces trois filtres? On peut évoquer les discours électoraux et les multiples lois et règlements légiférés qui n’auraient jamais dû être adoptés. Je pense, par exemple, à l’abolition, en 2006, des programmes fédéraux d’alphabétisation des adultes et de la contestation judiciaire en matière de droits constitutionnels des communautés de langue officielle en situation minoritaire.

Ici même, au Nouveau-Brunswick, les ratés des trois filtres de Socrate sont également nombreux. À titre d’exemple, est-ce que le gouvernement Gallant a dit la «vérité» aux citoyens pour justifier sa décision de procéder à la privatisation des services extras muraux et télésoins? Est-ce que sa décision était motivée par la «bonté», c’est-à-dire par le souci du bien des citoyens? Est-ce que cette démarche s’avérait essentielle ou «utile» au mieux-être des destinataires de ces services?

Le test des trois filtres de Socrate se voulait un sûr garant de sagesse, une sagesse que le gouvernement d’Athènes, à l’époque, trouvait gênante, au point de condamner à mort son principal champion.

Retrouve-t-on la sagesse en suffisance dans la philosophie qui règne de nos jours au sein de nos structures gouvernementales?

Cyrille Sippley
Saint-Louis-de-Kent