Que faisaient les autorités compétentes?

Monsieur le premier ministre Brian Gallant, la nouvelle diffusée au sujet de la mise en danger de cinq jeunes enfants, âgés de 7 mois à 10 ans, à Saint-Jean, ne manque pas de soulever chez nous une grande indignation.

Rappelons que ce n’est que fortuitement que les shérifs ont découvert l’état affreux et pathétique des enfants, alors qu’ils exécutaient une ordonnance d’éviction. Ils ont découvert des conditions de vie sordides: un logement dans un état infecte, des excréments humains et d’animaux, des ordures, des puces et un désordre inouï. Les enfants souffraient de sous-alimentation, avaient des lésions sur le corps et les dents cariées.

Une poursuite a été intentée contre les parents pour avoir omis de procurer les biens essentiels à leurs enfants, mais cette poursuite pour négligence ne devrait pas s’arrêter là.

Bien que le père travaillait, on rapporte que la mère bénéficiait de l’aide sociale depuis 2008. On rapporte aussi qu’un dossier de protection avait été ouvert quelques mois auparavant.

Les faits suivants nous interpellent particulièrement:

1. La question de l’absentéisme scolaire

Deux des enfants étaient d’âge scolaire, mais n’avaient fréquenté l’école que 87 et 89 jours sur 148, donc environ la moitié du temps.

2. Le système de signalements obligatoires

La loi oblige toute personne qui soupçonne qu’un enfant est en danger d’en faire un signalement au ministère du Développement social. Le défenseur des enfants s’interroge à savoir pourquoi les voisins, le propriétaire, les enseignants et les grands-parents n’ont pas cru bon de faire un tel signalement. Que l’un d’eux néglige de le faire, cela se comprend, mais que personne ne le fasse, cela est inconcevable.

3. Le système de révision annuelle

Le ministère du Développement social a un système selon lequel il révise le dossier de chaque bénéficiaire annuellement. Or, cette famille touchait l’aide sociale et donc, son dossier aurait dû faire l’objet de plusieurs révisions au fil des ans. Une bonne révision commence par une évaluation exhaustive des risques et de la capacité intellectuelle et fonctionnelle des individus, de leurs capacités d’organisation et du besoin de soutien continu, surtout lorsque de jeunes enfants sont présents.

Les questions suivantes nous viennent à l’esprit:

  1. Comment des enfants ont-ils pu s’absenter aussi souvent de l’école sans que les autorités en informent le ministère du Développement social?
  2. Comment le système de signalements obligatoires a-t-il pu faire aussi cruellement défaut? Aurait-il eu des signalements, mais le ministère du Développement social a mal évalué l’état de la situation et a décidé de ne pas passer à l’action ou bien que chacun se disait que c’était à l’autre de s’en occuper? Pourquoi a-t-il fallu que ce soient les shérifs qui interviennent?
  3. Se pourrait-il que la révision annuelle soit confiée à des étudiants formés sur le tas qui ne voient que les aspects financiers et qui n’ont pas la formation requise pour effectuer des évaluations?
  4. La qualité des évaluations n’est-elle pas également en cause? Les professionnels avaient-ils un portrait fidèle de la situation? La nature et la gravité du risque ont-elles été bien identifiées?
  5. Il n’y a pas eu, dans ce cas-ci, un échange d’information entre l’école et le ministère du Développement social. Serait-ce encore une fois une question de confidentialité?

Les parents ont été mis au banc des accusés, mais sont-ils les seuls qui devraient l’être? N’y a-t-il pas eu de la négligence de la part de bien d’autres personnes, à commencer par l’État qui aurait dû intervenir plus tôt?

Peu en aurait fallu pour que cette situation lamentable se transforme en une tragédie pour les enfants. N’a-t-on rien appris à la suite des cinq infanticides survenus entre 1994 et 2004? Les enfants, dans le cas présent, ont beaucoup souffert en raison du fait que leurs parents étaient inaptes à gérer le quotidien. Ils ont été traumatisés, alors que leurs parents étaient complètement démobilisés. La famille nécessitait, de toute évidence, une intervention sociale en raison du risque qui sévissait.

Il est temps, à notre avis, que le régime de protection des enfants fasse l’objet d’un examen approfondi pour atténuer la souffrance, traiter les familles en difficulté avec diligence et surtout, éviter de mettre des vies en danger.

Nous constatons, encore une fois, l’effet néfaste de l’abolition des services généraux aux familles où le ministère offrait jadis des services de consultation, de médiation, d’accompagnement, d’évaluations à domicile, d’assistance éducative et de représentation aux personnes et familles en détresse.

La seule bonne note au tableau, c’est que les shérifs ont agi prestement en faisant un signalement à la police et au ministère du Développement social, dès qu’ils ont fait la triste découverte. Voilà au moins un système qui fonctionne bien.

Claude Snow
Comité des 12 pour la justice sociale