Des larmes de crocodile pour des clients de seconde classe

Telus a publié dans son compte Twitter des traductions absolument minables, vers le français, bien sûr. Prise en flagrant délit de mauvaise traduction, Telus s’excuse, s’étonne, et rappelle que «… Faire bon usage de la langue française dans toute sa beauté est important pour nous.» Larmes de crocodile!

Vous vous attendiez à quoi? Telus, comme bien d’autres grands joueurs dans le monde du commerce, ne semble pas avoir compris qu’on ne communique pas en français avec sa clientèle francophone à coup de traduction… automatique. Ces excuses, c’est de la poudre aux yeux.

Au Nouveau-Brunswick et au Canada, on a beaucoup trop recours à la traduction plutôt qu’à la rédaction pour communiquer en français. Or, il faudrait rédiger, créer davantage en français. Je ne dirai pas aux entreprises comment faire leurs communications. En revanche, je ne me gênerai pas pour leur dire que leurs communications rendent d’elles une image négative, car elles s’adressent à moi dans une langue affreuse, et que j’ai le sentiment d’être un client de seconde classe quand je reçois des publicités ou des communiqués qui ne sont que de la traduction machine.

En fait, le recours massif à la traduction n’aide pas le français, il le tue. La preuve? Une entreprise nous sert quelque chose de carrément inutilisable par un francophone. Quelqu’un a autorisé la diffusion de ces publicités sur ce compte de l’entreprise. Cette personne, chargée des communications, ne sait pas qu’on ne fait jamais, au grand jamais, sortir des traductions machine à destination du public? Pourtant, c’est ce qui s’est fait. La sensibilité au français est-elle si faible chez Telus que personne n’a le moindre doute quant à la qualité de ce produit? Malheureusement, on dirait bien que oui.

Parmi les réactions suscitées par cet impair, il y en a une de la part d’une traductrice agréée, qui rappelle dans la foulée «… l’importance de faire affaire avec un traducteur agréé!». Que voilà une bonne idée, me direz-vous. Sans contredire ma collègue traductrice auteure de ce commentaire, je dirais que cela laisse le problème dans les mains de la traduction. Pour ma part, j’aimerais mieux que l’on s’adresse à des agences de langue française pour faire ses publicités. Là, il y a des gens de métier, conscients de la langue, qui savent traduire, sans doute, mais encore plus, créer. Chacun son métier. Pour qu’il soit fait usage du français dans toute sa beauté, ce serait le prix à payer.

Telus, comme d’autres sociétés, ne semble pas comprendre que ces «erreurs» expriment un profond mépris à l’endroit de la clientèle de langue française. On compte beaucoup sur l’indignation du public pour remettre au pas ces sociétés peu soucieuses de leur image, mais ce n’est qu’un expédient. Certes, il faut se plaindre, mais je me demande pourquoi une société s’abaisse à produire de si piètres communications. Pourquoi les sociétés, qui en ont les moyens, ne s’arrangent-elles pas pour donner des communications de qualité à tous leurs clients?

Alain Otis
Dieppe