Trump et le chaos à la Maison-Blanche

J’ai hésité avant de me procurer le livre Fire and Fury inside the Trump White House de Michael Wolff. Je craignais comme d’autres qu’il s’agisse de potins ou d’affirmations dont on ne révélait pas les sources. S’il m’eût été donné de le faire, je l’aurais intitulé «La Maison-Blanche rongée par les guerres intestines sous le signe du chaos». Le bouquin nous rappelle que dans les antichambres du pouvoir, les couteaux volent bas. On sait déjà que la confusion, le mensonge, les vengeances, les humiliations, les colères, les exagérations, les hésitations et la folie y règnent en maître.

Comme un Solomon, Trump entend bien remettre sur les rails non seulement les États-Unis d’Amérique, mais le monde entier. Grand Dieu, comment les Américains ont-ils pu élire un mégalomane, un narcissique, un mythomane capable d’autant de fabulations? Ça ne prend pas un psychanalyste de grande envergure pour constater qu’il se prend pour le grand des grands, le Tout-Puissant, le sauveur de la nation. Effrayant, rien qu’à y penser! Espérons que les institutions américaines sauront le contenir et le destituer avant qu’il n’ait fait trop de dégâts.

Le livre de Michael Wolff ramène à l’avant-scène le débat autour de la stabilité mentale et l’aptitude de Trump à gouverner. On a vu le déploiement d’avocats s’acharner à vouloir mettre en doute le bouquin. On a menacé d’intenter un procès. Tout ce branle-bas d’activité, y compris des tweets nocturnes, n’ont eu que des effets positifs sur les ventes. La maison d’édition a devancé le lancement et le livre est devenu un succès de librairie.

Dès son arrivée à la Maison-Blanche, Trump allait assécher le marais (Washington). Il a enlevé les moustiques pour y placer des crocodiles. Il a invité ses amis multimilliardaires à occuper les postes clés. Son admiration pour les hommes forts l’a amené à s’entourer d’anciens généraux des forces armées. Lui, qui n’avait aucune expérience politique, allait mener le pays comme une corporation privée, comme il gérait ses affaires du haut de sa tour de New York. Oh! Surprise! Le gouvernement américain est une grosse machine constituée de contrôles et de contrepoids.

Lui, qui allait changer le monde en tour de main, y a trouvé son lot de contretemps. Il dort peu, tweet une partie de la nuit et lorsqu’il se met au travail, signe décrets après décrets pour tenter d’effacer toute trace de son prédécesseur Barack Obama. Il ne faut pas que quiconque ne lui fasse ombrage. Les pleins feux doivent être fixés sur sa seule personne. On se rappellera de la couverture de la revue Times de février 2017 où apparaît la photo de Steve Bannon, son conseiller stratégique. Trump ne le lui a jamais pardonné.

Trump vit littéralement dans un monde bien à lui et donne souvent raison au dernier de ses interlocuteurs. Et, comme une girouette, il change d’idée comme le vent. Là où il se sent le plus à l’aise, c’est derrière ses tweets. C’est aussi ce qui déclenche les pires cauchemars chez ses conseillers. Il leur faut recourir à toute une acrobatie pour faire croire qu’il a été mal interprété.

Il s’est entouré de sa fille Ivanka – celle qu’il aurait mariée s’il n’avait pas été son père – et son mari Jared Kushner. Il leur a confié des responsabilités majeures bien au-delà de leurs capacités et malgré leur ignorance du monde politique et des affaires internationales. Quand les deux rencontrent trop d’opposition, ils tentent de convaincre Trump de remercier les opposants. Ils contribuent largement au climat toxique de la Maison-Blanche. Chacun cherche à y exercer son pouvoir pour éventuellement devenir un personnage réputé. Ivanka songerait à devenir la première femme présidente des États-Unis. Une nouvelle dynastie en puissance.

Trump est paralysé par l’enquête sur la Russie que mène le procureur Bob Muller. Il tente de faire croire qu’il s’agit d’une chasse aux sorcières et que les complots sont nombreux chez ceux qui veulent délégitimer son accession au pouvoir.

Il est un président à la dérive qui représente un véritable danger pour la démocratie. Il faut espérer que les Démocrates reprendront le pouvoir de la Chambre aux élections de mi-mandat et verront à le destituer pour le plus grand bien du monde.

Hector J. Cormier
Moncton