Un malaise comprenable

La sortie récente de Roxanne Guerrette sur la langue française a pu choquer plusieurs personnes en Acadie, j’en conviens, mais je crois qu’on a peut-être exagéré ou mal interprété le sens profond de son malaise.

D’après mon humble interprétation et mon analyse, je crois qu’elle voulait tout simplement dire qu’elle s’est sentie un peu gênée de la qualité de sa propre langue parlée avec laquelle elle s’exprime en comparaison avec celle qu’elle souhaiterait posséder ou encore avec celle des personnes la côtoyant en France lors de son stage d’études en vue de l’obtention d’un doctorat en science de la vie.

En plus de cela, je crois voir chez elle l’expression d’un autre message plus subtil et plus clair. Son témoignage ne dit-il pas intrinsèquement que le niveau des exigences de l’enseignement et de l’apprentissage dans nos écoles ou ailleurs devrait être plus élevé qu’il l’a été ou l’est encore?

Du moins, ce qu’elle témoigne me rejoint au plus profond de ma propre expérience. Quand, entre 1949 et 1953, je fréquentais l’école secondaire de Bouctouche, alors appelée Buctouche Superior School, l’enseignement et les manuels étaient en langue anglaise sauf le cours de français et le catéchisme. Une fois rendu à l’Université Saint-Joseph, entre 1953 et 1957, plusieurs de mes confrères de classe y compris certains de mes professeurs avaient un doux plaisir de rire de la qualité de ma langue parlée et écrite. Vous comprenez que mon propre vécu s’identifie avec celui de mademoiselle Guerrette.

Bien que peut-être parfois pas assez nuancé, son témoignage me porte à la féliciter et non à la dénigrer. Sans doute, notre ego a été un peu ébranlé, mais je pense que c’est parfois nécessaire si on veut progresser individuellement et collectivement vers l’acquisition d’une meilleure maîtrise de notre langue, le plus noble élément de notre patrimoine identitaire.

Alcide F. LeBlanc
Moncton