Lettre aux députés libéraux

J’ai voté libéral presque toute ma vie. J’ai toutefois refusé de donner mon appui à Frank McKenna après qu’il se soit arrogé le droit d’abolir les conseils scolaires. J’ai voté contre Shawn Graham qui s’était donné comme mandat de vendre Énergie Nouveau-Brunswick à la province de Québec alors qu’il avait promis tout au long de la campagne électorale de 2006 de ne jamais le faire.

En 2014, j’avais été tellement impressionné par le discours politique de Brian Gallant et de sa connaissance des dossiers relatifs aux aînés que j’ai immédiatement fait parvenir mon don politique annuel de 300$ au Parti libéral du Nouveau-Brunswick. Il avait promis devant l’Assemblée générale annuelle de la Coalition pour les droits des aînés et des résidents des foyers de soins de ne pas toucher aux avoirs des aînés ayant à vivre en foyer de soins.

Mon enthousiasme a vite déchanté. Après avoir nommé Cathy Rogers au ministère du Développement social, celle dont le slogan électoral était «Une voix forte pour les aînés», le gouvernement décidait d’augmenter de façon exponentielle le coût pour habiter en foyer de soins, de loin le plus élevé au pays (de 113$ à 175$ par jour). De plus, on allait se permettre d’aller se servir dans les avoirs des aînés sous le regard bienveillant du premier ministre et malgré sa promesse de ne pas y toucher.

Cette décision de ne pas respecter une promesse à laquelle les gens ont voulu croire venait d’attiser davantage le cynisme des électeurs. La déception a été grande.

Pour ajouter l’insulte à l’injure, le premier ministre a osé demander lors d’une période de questions de l’Assemblée législative une preuve comme quoi il avait bien fait cette promesse (ne pas toucher aux avoirs des aînés). Plusieurs députés de la région en avaient été témoins, eux qui étaient présents aux assises de l’AGA de la Coalition. Je l’avais noté dans mon carnet, et la secrétaire de la Coalition l’avait inscrite au procès-verbal.

Ce qui a été tout aussi décevant, ce fut de voir le ministre Victor Boudreau vanter les mérites de la privatisation du Programme extra-mural alors qu’il n’avait pas consulté les experts en la matière. Tous ses arguments et ceux des autres députés et ministres venaient de Medavie-Croix-Bleue, le principal intéressé à ce transfert de services médicaux. Ajoutons à cela le démantèlement du Bureau du médecin-hygiéniste, le renvoi du président-directeur général de la régie Vitalité Rino Volpé (au coût de 525 000$) qui avait équilibré le budget en moins de deux ans et celui de la médecin-hygiéniste Eilish Cleary (720 000$). Des opposants à la privatisation, il se plaisait à dire qu’ils étaient des marchands de peur (fear mongers).

Près de 35 réunions publiques ont été tenues un peu partout dans la province autour de la question de la privatisation du Programme extra-mural, dont neuf présidées par le ministre Benoît Bourque. Mme Cassista de la Coalition en a tenu 14 et Jean-Luc Bélanger des aînés francophones, 11. Les députés libéraux qui y étaient ont été témoins de la colère et de l’indignation des gens devant l’entêtement du gouvernement à vouloir transférer au secteur privé le Programme extra-mural, le bijou du système de santé.

Les citoyens n’ont toujours pas compris qu’un gouvernement aux budgets déficitaires et à la dette aussi importante puisse vouloir privatiser un programme dont l’ensemble de la population ne veut pas alors qu’il en coûtera 44 millions $ de plus à opérer au cours des dix prochaines années.

Pourtant, au cours de la campagne électorale des Libéraux, il n’a jamais été question de privatisation de l’extra-mural. Et, si ce l’eût été, ils n’auraient jamais été élus.

En s’autorisant à démanteler le système de santé, les Libéraux sont allés à l’encontre de la volonté populaire. Les citoyens ne sont pas à la veille de l’oublier.

On nous dit que certains députés, au sein du caucus, se sont opposés à la privatisation du Programme extra-mural. Et, si tel est le cas, ils n’ont fait que rapporter le vrai portrait des choses. Le premier ministre aurait tenté de les rassurer en leur disant que la critique s’estomperait en moins de deux mois. Qu’il se détrompe. Elle ne fait que commencer. D’un citoyen très décu.

Hector J. Cormier
Moncton