Une loi scolaire à couleur constitutionnelle

Le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Stephen McNeil, fait figure de proue au Canada, en proclamant une loi scolaire distincte pour la communauté acadienne et francophone de sa province afin de protéger ses droits culturels et linguistiques, ce qui s’inscrit parfaitement dans l’esprit de l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés (1982).

De toutes les provinces canadiennes, c’était déjà la Nouvelle-Écosse qui respectait le mieux, quoiqu’encore imparfaitement, cet article de la Charte canadienne conçu pour assurer la pérennité des communautés de langue officielle en situation minoritaire au pays. Un heureux paradoxe lorsqu’on considère que c’est justement dans cette province qu’on a conçu et lancé en 1755 la si tristement célèbre tentative d’ethnocide contre le peuple acadien, qui y avait pris racine dès 1604.

Ce que le Conseil scolaire acadien provincial de la Nouvelle-Écosse vient d’obtenir, soit une loi scolaire distincte pour la communauté francophone qui reconnaît et respecte ses particularités, les Conseils d’éducation du Nouveau-Brunswick, regroupés en Fédération, multiplient les efforts pour l’obtenir auprès des gouvernements de la province qui se sont succédé depuis 2003, à l’instar des Comités de parents qui œuvraient à cette fin depuis de nombreuses années.

Jusque-là, aucune des formations élues n’a admis qu’une loi scolaire applicable uniformément aux deux groupes linguistiques s’inscrit en faux contre le respect des droits constitutionnels de la communauté en situation minoritaire.

Peut-on souhaiter que le gouvernement Gallant, à la veille des élections, se laisse imprégner de cette lueur d’espoir venant de l’Est pour ajuster ses priorités et promette aux parents francophones de la province une loi scolaire qui reconnaît et respecte leur identité linguistique et culturelle ainsi que leurs droits constitutionnels en éducation?

Cyrille Sippley
Saint-Louis-de-Kent