La Saint-Patrick en Acadie

Le 17 mars, jour de la fête de Saint-Patrick, on ne devrait pas être étonné d’entendre, jusque dans les coins les plus reculés de la Péninsule acadienne, un toast au saint patron des Irlandais, ou d’apercevoir un peu de vert dans les vêtements.

Après tout, on trouverait des ascendances irlandaises dans les veines de certaines familles acadiennes. Par exemple, en 1986, William Ferguson de Belfast en Irlande, un loyaliste américain, prenait possession de sa généreuse concession à Tracadie. Dix ans plus tard, Michael McGrath (ou McGraw) venait établir sa famille au voisinage des Ferguson. De plus, les familles Coughlan et Wade, entre autres, peuvent être considérées comme des colons des débuts de la communauté de Tracadie, s’étant liées par mariage avec la communauté acadienne au bout d’une génération ou deux.

En remontant quelques milles vers le nord-est du côté de Six-Roads et plus loin à Pokemouche et Inkerman, on découvre où les descendants des Kenny, Power et Finn continuent de prospérer, en tant désormais que francophones. Des centaines de familles irlandaises vivaient dans cette région des décennies avant que la famine des années 1840 ne vienne gonfler la population de Saint-Jean. L’Irlandais Michael Finn était considéré comme un «two-boater»; il pratiquait la pêche et l’agriculture dans la paroisse de Pokemouche en 1802, après avoir déménagé de Terre-Neuve. Le nom des Bulger de Shippagan venait du comté de Wexford en Irlande et était aussi associé aux pêcheries de Terre-Neuve au 18e siècle.

Mais tout comme l’Acadie accueillit ces immigrants de langue gaélique et anglaise, l’Irlande de son côté fut l’hôte de citoyens francophones, en compagnie de Gallois et de Flamands, lors de la grande invasion normande de 1170. De nos jours, on peut faire remonter des noms tels que Hussey, Hayde et Furlong à cet apport du 12e siècle à la population irlandaise.

A une époque où les origines géographiques tenaient parfois lieu de patronyme, Saint-Aubyn (ville jumelle de Bathurst), le pays de Léon (en Bretagne) et le Gras devinrent Tobin, Dillon et Grace. Les Power du comté de Waterford en Irlande et du comté de Gloucester au Nouveau-Brunswick tiennent leur nom de «le Poer», dérivé du vieux français «povre», ancienne orthographe de «pauvre». La tradition nous explique qu’il serait question ici d’un vœu délibéré et non d’indigence. Aujourd’hui, ce nom est un des plus répandus en Irlande. Un autre nom du nord du Nouveau-Brunswick ayant une origine normande irlandaise est Devereux, qui laisse deviner un lien avec la ville d’Évreux en Normandie. Fait à noter, le nom de Busher est un des plus anciens d’origine normande, alors que Burke est le nom le plus commun de source normande en Irlande aujourd’hui.

Bien sûr, les Danois (Vikings), les Scots et les Anglais, ainsi que les Irlandais d’origine, dont les racines pour la plupart remontaient aux Celtes de l’Europe continentale, ont contribué au bagage génétique des Irlandais.

Ce mélange multiculturel donne peut-être un ton de vérité aux cartes de vœux disant que le jour de la Saint-Patrick, tout le monde est Irlandais. Une chose est sûre, cependant: quand les Acadiens de souche irlandaise, aussi bien que les Irlandais de descendance normande, lèvent leurs verres en ce jour de fête et proclament en langue irlandaise: «Erin Go Bragh!» (L’Irlande pour toujours!) ils salueront fièrement une partie de leur héritage.

Kevin Mann
Bathurst