Changement de mentalité

Fort du principe selon lequel «se concentrer uniquement sur un élément du tableau empêche l’observateur d’apprécier l’ensemble de l’œuvre», j’ai tenté de jeter un regard global sur le dossier du «trou noir» et du programme d’aide fédérale consentie aux victimes, cherchant à le placer dans l’ensemble de la situation socio-économique du Nouveau-Brunswick.

Mis à part les particularités d’une région donnée, dont les ressources obligent parfois au travail saisonnier, généralement parlant, le niveau de chômage dans une province ou dans un pays est en fonction de son essor économique. Or, dans tous les États du monde, se dessine une forte corrélation entre l’essor économique et le niveau de littératie et de numératie de la population. Des études démontrent que là où une communauté a réussi à rehausser le niveau de littératie et des compétences générales de sa population, la prospérité socio-économique s’est accrue au même rythme.

Puisque le Nouveau-Brunswick accuse le plus bas niveau d’alphabétisme au pays, il ne faut pas se surprendre d’y retrouver des conditions propices au chômage. J’ai confiance que la solution à long terme réside justement dans des mesures qui auront comme résultat d’élever le niveau moyen des compétences générales de la communauté.

Le projet de formation subventionnée offert aux victimes du «trou noir» ne devrait-il pas être perçu comme un volet important d’une philosophie nouvelle du Canada marquant sa volonté de favoriser la prospérité du pays en rehaussant le niveau moyen des compétences essentielles et générales de sa population? Que des milliers de citoyens du Nouveau-Brunswick accentuent leur épanouissement personnel et améliorent leurs connaissances et leurs compétences dans leur fonctionnement au quotidien ne manquera pas, à la longue, de se répercuter favorablement dans tous les domaines de la vie communautaire, tant du côté de l’emploi que de l’engagement civique et de l’éducation familiale. Sur le plan individuel, cette formation devrait également favoriser les chances d’échapper au cycle du chômage.

Amorcer un revirement dans une mentalité générationnelle s’avère toujours difficile, mais il faut avoir confiance que les résultats en valent définitivement l’effort.

Cyrille Sippley
Saint-Louis-de-Kent