Votons avec nos fourchettes

On a beau encore avoir l’impression d’être en plein hiver, enseveli sous la neige et la glace, cela ne nous empêche pas de penser à la prochaine saison agricole et de la planifier. Tout comme le fait que nous sommes encore à plusieurs mois du 24 septembre et cela n’empêche pas les partis politiques d’entamer la saison électorale – les promesses, campagnes de marketing et recrutement de candidats inclus.

Sur la ferme, l’hiver et le début du printemps sont des bons moments pour rêver de ce à quoi notre saison pourrait ressembler. Tout comme dans nos collectivités, c’est aussi un bon moment pour rêver à un système alimentaire qui valorise les producteurs et productrices, qui permet l’accès à de la bonne nourriture pour tous et qui crée des emplois intéressants pour nos voisins. Cette saison pourrait être le moment où nous nous asseyons pour identifier les outils que nous avons déjà et les outils dont nous avons besoin pour relier les agriculteurs et agricultrices, les mangeurs, les fournisseurs de soins de santé, les acheteurs institutionnels et les éducateurs…

Si ce n’est pas maintenant, quand prendrons-nous le temps de comprendre qui tente de nous représenter, comment leur vision de notre province et communauté correspond (ou pas) avec la nôtre et déchiffrer le sens des plateformes qui sont devant nous? Si ce n’est pas maintenant, allons-nous prendre le temps de faire une analyse agricole plus complète alors que l’été bat son plein et que les transplants ou les marchés fermiers requièrent notre attention? Trouverons-nous le temps de sortir de nos tracteurs, jardins ou cuisines en août et en septembre pour vraiment déchiffrer ce que chaque parti présente et comment cela affectera notre système alimentaire et nos communautés dans les prochaines années?

Que ce soit seul ou par notre participation dans une organisation axée sur l’agriculture, si nous pouvons communiquer les multiples utilisations de l’agriculture et de l’alimentation en matière de développement économique, d’environnement et de santé, nous pourrions inspirer nos futurs dirigeants à faire de même. Peut-être alors, nous pourrions enfin établir des ponts entre les ministères et briser les silos qui limitent le fait de voir, par exemple, un revenu de base universel comme un enjeu agricole ou l’économie familiale comme un outil de soins de santé. Cette façon de penser considérerait la privatisation des services alimentaires, par exemple, comme un enjeu agricole. Le fait même d’éliminer un outil qui pourrait être utilisé en tant qu’élément de base pour augmenter les achats de nourriture locale et permettre une plus grande quantité de production et de transformation de la nourriture locale est une attaque contre les fermiers, fermières et les mangeurs.

Nous, à l’Union nationale des fermiers au Nouveau-Brunswick, ne sommes qu’un petit groupe de fermiers et fermières, mais nous poursuivons avec l’impression que nous avons le soutien d’un mouvement en entier. Avec des milliers de personnes qui l’affirment, l’idée d’adopter une politique qui ne soit pas seulement axée sur l’exportation de notre production, mais qui l’utilise pour alimenter nos corps, nos communautés et nos économies devient de plus en plus possible. C’est pourquoi nous vous demandons, agriculteurs, agricultrices et mangeurs, de demander aux candidats à votre porte et aux partis qui demandent votre vote, comment pouvons-nous utiliser une ressource existante, cette nourriture qui nous rassemble chaque jour, pour construire un meilleur avenir. En retour, nous vous assurons que pour notre organisation, la souveraineté alimentaire continuera d’être prioritaire. Joignez-vous à nous pour renforcer notre voix alors que nous débattons, analysons, luttons et cultivons notre chemin vers un Nouveau-Brunswick différent.

Rebeka Frazer-Chiasson
Rogersville