De la discrimination à peine voilée

Notre région se plaint depuis des années. Nous sommes désolés de voir nos ressources qualifiées quitter la région. Nous l’avons lu également dans l’Acadie Nouvelle, suite aux articles Un Chapelet de fermetures et Bathurst, future ville fantôme si rien n’est fait, publiés en mars 2014.

Avons-nous progressé? Pourquoi sommes-nous encore assujettis au même contexte. Avons-nous évolué? N’avons-nous pas cette responsabilité de faire valoir notre expérience et la mettre en profit au bénéfice de l’entreprise régionale? C’est un sujet sombre. Plusieurs ressources qualifiées en font malheureusement face. Est-ce un problème gouvernemental, municipal ou corporatif? C’est une bonne question. Ce problème, il est complexe.

Une partie de mon travail est reliée à résoudre ces fameux problèmes complexes. Tout un chacun est d’accord qu’un changement est requis. Cependant, personne ne semble vouloir porter le chapeau. J’ai appris bien des choses durant ma carrière; une d’entre elles est qu’à chaque problème, il y a une solution.

Alors, pourquoi perdons-nous nos ressources qualifiées? Elles quittent pour des villes telles Montréal, Ottawa et Moncton. Ces ressources quittent dû au fait qu’elles ne peuvent se positionner dans la région. À l’automne 2016, nous avons perdu une famille. Le père de famille, très qualifié dans son domaine, la mère et leur nouveau-né ont quitté la région. Non seulement nous avons perdu une ressource qualifiée, mais aussi une famille! Ajouter -3 dans la colonne de notre population. Le mieux qu’on lui a offert; répondre au téléphone! Cet employeur n’est qu’à quelques kilomètres et il n’est pas le seul à adopter de telles politiques. Cette mentalité de «l’âge de pierre» est très coûteuse à l’industrie; un manque d’ouverture d’esprit, se traduisant souvent en centaine de milliers de dollars en pertes annuelles.

En ce qui me concerne, je suis qualifié, pionnier dans mon domaine, ayant pratiqué des techniques avant-gardistes bien avant qu’elles aient été connues. Expérience régionale, nationale et internationale, précurseur des réseaux sociaux dix années avant que Facebook voie le jour, entrepreneur, leader, coach, mentor et auteur. On ajoute 25 années d’une carrière qui m’a amené à m’investir et fournir une contribution sur différents dossiers, telle la correction d’un article de loi fédérale pour repositionner le Canada sur le marché du commerce électronique mondial.

Le 4 avril 2017, un directeur de Dieppe confirme: «Vous avez toute l’expérience et les connaissances requises pour remplir les exigences du rôle, mais vous êtes trop bon!» Le 25 avril 2017, une représentante de Miramichi confirme que mon profil était trop avancé. Le 29 mai 2017, un comité d’une institution éducationnelle de Bathurst confirme que mon expérience progressive dans le domaine était trop avancée. Le 31 mai 2017, un gestionnaire de Bathurst lui confirme qu’ils ont été impressionnés par les compétences et qualifications. Encore une fois, l’âge semble avoir joué un gros facteur surtout que dans les semaines qui ont suivi, l’employeur a confirmé publiquement qu’un virage jeunesse était en vigueur ainsi qu’un manque de financement. D’autres réponses, telles «Vous avez trop d’années d’expérience», ont été reportées.

Ces justifications pour ne pas engager des ressources qualifiées ou ne pas les considérer au processus d’entrevues peuvent être vues comme discriminatoires. Cependant, elles ne le sont pas. Les employeurs en sont parfaitement conscients et contournent le système. Lorsqu’on vous dit que vous avez trop d’années d’expérience ou surqualifiées, en réalité, on vous dit que vous êtes trop vieux! Une telle affirmation serait alors discriminatoire. Le côté employeur demeure alors très prudent dans ses affirmations.

Au niveau des affichages, le contexte n’y échappe pas non plus. Au début 2018, un organisme de Bathurst restreint un poste d’assistant administratif pour les personnes de 30 ans et moins. Lorsque la mention leur a été reportée, la directrice mentionne qu’ils n’avaient pas les moyens de payer un gros salaire. Peu longtemps après, l’organisme s’est réajusté et a enlevé ce critère discriminatoire de leur offre d’emploi. En avril 2018, une entreprise de Bathurst annonce une offre pour un «Employment Specialist» avec restriction d’expérience maximum de deux ans. Lorsque la mention leur a été reportée, la direction a refusé de faire suite. Peu longtemps après, l’entreprise s’est réajustée et a enlevé ce critère discriminatoire de leur offre d’emploi. Ce mode réactif, quoique positif au niveau de la rectification, dénote quand même une tentative à la discrimination.

Les différents paliers politiques et dirigeants d’entreprises avec qui j’ai échangé sur le sujet sont d’accord pour constater qu’il y a des lacunes sur les politiques d’embauches et les affichages s’y reliant et qu’elles ne sont pas faciles à résoudre. Elles affirment également que les employeurs peuvent se sentir intimidés et avoir des craintes envers les ressources qualifiées. En d’autres mots, si vous allez trop loin dans votre carrière, en bon français; «Vous êtes faite!»

Si vous avez plus de 35 ans, ne perdez pas votre emploi! Dans le Nord, les employeurs sont en virage jeunesse. Il y a des manques de financement. Nous avons tout un problème entre les mains, un paradoxe. Nous voulons conserver nos ressources qualifiées. Mais, en même temps, nous leur montrons la porte.

Notre patience à ses limites. Ce manque de respect, ce manque d’ouverture d’esprit et cette vision corporative se doivent d’être améliorés. Nous ne voudrions quand même pas généraliser. Ce ne sont pas toutes les compagnies et entités qui y sont assujetties. Je crois cependant qu’il est juste d’affirmer qu’il y en a un peu trop dans notre région.

Que ce soit permis ou légal, une discrimination est une discrimination. Ça nous fait tous mal paraître. Pour changer ou raffermir un article de loi sur les politiques d’embauches, de façon à ce que les employeurs ne puissent plus contourner le système, faire des affirmations qui frôle la discrimination et engager une ressource à moindres coûts, ceci nécessite une promesse électorale ou une initiative d’un ministre en place pour tenter de faire passer une motion qui serait alors acceptée en session parlementaire durant le mandat d’un parti politique au pouvoir. Voilà donc une occasion pour le prochain parti qui entrera au pouvoir!

Michel Fournier
Bathurst