Un vent sournois et liberticide en Acadie

Dans son article du 16 mai 2018, Jean-François Boisvert fait état d’une démarche de la ville de Campbellton visant à discipliner ses employés qui aiment trop parler, et ce en dehors de la boîte où ils sont probablement censés être enfermés. Aux yeux de l’employeur, les réseaux sociaux ne sont pas considérés comme étant un médium approprié pour débattre des enjeux sociaux touchant la ville de Campbellton.

Il est vrai qu’il y a des gens qui ont du mal à profiter de l’occasion pour se taire. Ils éprouvent le besoin d’exprimer leur point de vue sur toute question, de quelque nature qu’elle soit. En d’autres mots, ils aiment critiquer. Est-il maintenant illégal de critiquer, même sur les réseaux sociaux?

«Les critiques constructives sont toujours les bienvenues», clame-t-on. Cependant, faut-il commencer à soumettre ses critiques à l’approbation d’une tierce personne avant de les divulguer? La critique est-elle constructive, si et seulement si elle approuve un point de vue? Si oui, ne court-on pas le risque de museler consciemment ou inconsciemment tous ceux qui ont des opinions différentes de celles populaires? Ce faisant, ne serait-on pas en train de porter entorse à l’une des valeurs fondamentales du Canada, celle de la liberté d’expression?

La démarche de la ville de Campbellton serait qualifiée de liberticide sous d’autres cieux. On l’aurait trouvée anormale, si pareille chose s’était produite en Russie, en Chine, etc. Il est important de mentionner que cette démarche ne constitue pas un cas isolé. Beaucoup d’institutions, tant privées que provinciales, voire fédérales, y ont recours. Il ne reste qu’à autoriser les employeurs à vérifier ce que leurs employés mangent en dehors du lieu de travail, histoire de s’assurer qu’ils n’ont pas d’embonpoint. On dirait qu’on a de plus en plus peur de la liberté d’expression, et on s’ingénie à trouver tous les arguments possibles pour justifier cette peur.

Jean Codjo
Moncton