Une catastrophe pour les jeunes diplômés

Le taux d’échec de nos aspirantes infirmières est une nouvelle très dramatique. Imaginez: vous rêvez de devenir infirmière et vous consacrez cinq ans de votre jeunesse à vous y préparer. Vous démontrez des aptitudes, des attitudes et des compétences qui justifient vos professeurs de vous permettre de vous présenter à l’examen. Puis, on vous bloque l’accès à la fin, l’accès à votre rêve, en vertu d’un examen traduit venu d’ailleurs.

Au niveau individuel, c’est catastrophique. Et collectivement, nous perdons accès à leur contribution au service des malades. Ces étudiantes ont été évaluées pendant leurs études théoriques et pendant leurs stages. Difficile d’imaginer qu’on les a laissées continuer jusqu’au bout alors qu’elles se seraient montrées inadéquates ou incompétentes. Je présume que la Faculté des sciences et l’École d’infirmières ont assumé leurs responsabilités; on ne doit pas laisser une étudiante continuer quand elle s’en va droit vers un échec. On doit présumer que ces étudiantes ont été jugées aptes. On peut se tromper pour quelques-unes, mais quand même pas pour la moitié. Alors, quelle est la fonction de l’examen? Qu’est-ce que cet examen mesure? Est-ce un mécanisme arbitraire pour limiter le nombre de diplômées? Si c’est le cas, ce n’est certes pas dans l’intérêt public à un moment où nous manquons d’infirmières.

En médecine, je sais qu’il y a des séances de préparation spécifiques aux examens. Si on assume que l’examen est pertinent quant à la compétence à mesurer, la justification en est qu’on peut être victime d’être pris de cours par le format de l’exercice. Dans le contexte francophone de la préparation au nursing du Nouveau-Brunswick, c’est évident qu’une absence de préparation spécifique à l’examen crée un handicap qui peut léser des candidates qui peuvent être tout à fait adéquates pour la tâche d’infirmière, mais moins habiles à passer ces examens. On peut penser que dans certains cas, une faiblesse des habiletés langagières peut être en cause. Je me pose aussi la question si la formation et l’examen sont en cohérence: est-ce que l’examen porte sur des notions qui n’ont pas été enseignées et est-ce que ces notions non enseignées sont essentielles à l’exercice de la profession?

Enfin, il y a le problème de la traduction, où la formulation jugée correcte par le traducteur professionnel ne correspond pas à l’usage dans le milieu de formation. C’est un problème que nous avons vécu en médecine. J’ai participé à des efforts du Conseil médical canadien pour obvier à ce problème de traduction souvent correcte, mais incompréhensible dans notre milieu d’exercice et de formation (ce n’est pas de cette façon que nous disons cela ici). Pouvons-nous éviter d’avoir des questions traduites de l’anglais et en même temps bénéficier d’une certification canadienne ou nord-américaine? Je crois que non. Avons-nous besoin de cette certification? Si on décide que non, il faut inventer un processus qui permet à nos infirmières jugées compétentes d’être acceptées dans tous les établissements du Nouveau-Brunswick. Il faut un processus valide pour certifier la compétence. Il faut aussi s’assurer que le processus choisi soit pertinent à la tâche à accomplir.

Daniel Beaudry
Moncton