Brian Gallant doit prendre ses responsabilités

Tout a été dit, ou presque, depuis que le scandale entourant l’examen d’accréditation de nos futurs infirmiers et infirmières a éclaté. Une problématique qui, à la base, aurait pu être réglée par de simples mesures de bon sens prend dorénavant des proportions inouïes. Le recours judiciaire déposé par la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) et la Fédération des étudiants et étudiantes du campus universitaire de Moncton (FÉÉECUM) est-il de nature à régler rapidement cette controverse par des moyens coercitifs? Qu’il me soit permis d’en douter.

Dans cette affaire, le risque est grand de voir la situation s’enliser durant plusieurs années dans la salle des pas perdus de nos tribunaux, et ce au plus grand détriment de notre population étudiante. Les francophones de la province ne sont ni plus ni moins confrontés à un obstacle bureaucratique. Or, qui dit bureaucratie, dit gouvernement. Dès lors qu’en vertu du paragraphe 92(13) de la loi constitutionnelle de 1867 c’est le gouvernement provincial qui est compétent, c’est celui-ci, quelle que soit sa couleur politique, qui doit prendre ses responsabilités.

Dans la mesure où l’AAINB a enfreint la Charte canadienne des droits et libertés, la Loi sur les langues officielles et la Loi reconnaissant l’égalité des deux communautés linguistiques officielles du Nouveau-Brunswick, le principe de subsidiarité adopté par Fredericton n’est plus opposable aux tiers. Or, en ne réglant pas le problème alors qu’il est investi de l’autorité nécessaire pour le faire, le premier ministre manque singulièrement de leadership. Ce faisant, alors qu’il remet son mandat en jeu, il risque de s’aliéner les votes de la communauté francophone et de toute une partie de la population pour laquelle la qualité de nos soins de santé revêt une grande importance.

Il y a quatre ans, Brian Gallant proclamait à qui voulait l’entendre qu’une bonne idée restait une bonne idée, et ce d’où qu’elle vienne. Il ferait bien de s’en souvenir. Or, il existe un examen en français au Québec. Le bon sens voudrait qu’on le transpose au Nouveau-Brunswick. Sommes-nous donc des Canadiens ou bien chaque province forme-t-elle un État dans l’État? La logique et l’intérêt du public doivent l’emporter dans cette triste affaire, et je serais du même avis si le cas de figure était inversé, c’est-à-dire, si l’examen n’était disponible qu’en français à l’UNB, au détriment des étudiants anglophones. Pour l’heure, ce sont les finissants francophones qui sont lésés et voient leur avenir professionnel assombri pour une durée indéterminée à cause de l’inaction des responsables politiques et du recours intenté par les deux organismes précités. Nos jeunes diplômés ont investi, dans certains cas, plus de 60 000$ pour accomplir leurs études. À présent, ils rencontrent un obstacle majeur alors qu’ils devraient pouvoir se lancer sur le marché du travail. Quitte à dépenser de l’argent, au lieu de dilapider celui des contribuables en frais de justice, il serait plus équitable de s’en servir pour dédommager nos finissants francophones en science infirmière.

Jean Dubé (Campbellton)
Ancien député fédéral et provincial