Une décision prise avec peu de sérieux

Pourquoi avoir privatisé le Programme extra-mural du Nouveau-Brunswick? Ayant eu la chance d’œuvrer dans le domaine de la santé durant de nombreuses années, je n’ai pas compris pourquoi un système – qui se doit d’être public selon ses initiateurs, les Tommy Douglas et les Lester Pearson – peut être manipulé au point de vouloir le démanteler pièce par pièce et l’offrir au secteur privé dont le principal intérêt est le profit.

J’ai assisté à la rencontre publique de Moncton et ai été estomaquée d’entendre le ministre de la Santé Benoît Bourque dire qu’aucune étude n’avait été commandée avant de procéder à la privatisation du Programme extra-mural, cette composante du système qui fonctionne à merveille et dont la population est satisfaite à un très haut degré. Je dois avouer que des décisions pareilles me troublent. Un gouvernement sérieux n’opère pas ainsi.

Les arguments du ministre étaient faibles. D’abord, il a dit: que s’il était convaincu que le transfert de l’extra-mural au secteur privé avec tous les avantages qui allaient en découler n’était pas dans l’intérêt supérieur de la population, il n’irait pas de l’avant avec le projet. Or, cela, il ne le sait pas. Aucune étude ne l’a démontré. Il s’est fié au raisonnement de l’entreprise privée Medavie.

Le système, selon lui, allait connaître plus d’efficacité et accorderait plus de visites aux patients qui le requièrent. Pour ce faire, on demanderait des tâches qui relèvent de la compétence d’une infirmière pour les donner aux ambulanciers. Entendez-moi bien: le personnel paramédical fait un excellent travail, mais il n’a pas les compétences pour faire le travail qui relève d’une infirmière. Est-ce ainsi que le privé prétend agir?

Nous avons raison d’être inquiets devant de telles décisions. Il est intéressant d’écouter la population murmurer d’en faire un enjeu électoral: le sérieux du sujet le mérite amplement.

Fernande Cantin
Dieppe