Le pouvoir aux citoyens

En 2004, j’avais dénoncé certaines règles de fonctionnement de nos gouvernements qui, trop souvent, me semblaient transgresser les droits des citoyens et contrevenir aux principes mêmes d’un système démocratique. À cette fin, j’avais utilisé une métaphore visant à démontrer que les propriétaires de la vaste entreprise sociétale (les citoyens) étaient tenus en otage par le personnel qu’ils avaient embauché (élu) pour gérer leur projet de société, qu’ils ne bénéficiaient plus du pouvoir d’influencer les décisions prises en son nom ni du droit de regard sur l’affectation de leurs biens.

Depuis, maintes situations sont venues appuyer cette perception. On n’a qu’à songer à l’achat des actifs du projet Trans Mountain par le gouvernement Trudeau «en notre nom», pour la modique somme de 4,5 milliards $, et à la privatisation des services publics par le gouvernement Gallant. L’opinion publique, appuyée de multiples démonstrations, ne suffit pas à faire comprendre à nos «gérants» que leurs décisions ne respectent pas nos objectifs et notre vision de société.

Le plus récent exemple d’usurpation du pouvoir public au Nouveau-Brunswick concerne la gestion des foyers de soins. Sans le dire ouvertement, le gouvernement a décidé de confier graduellement l’administration de ce secteur à l’entreprise privée, à Shannex, en l’occurrence, et ce, contre la volonté explicite de la communauté, qui désire continuer d’exercer son droit d’offrir elle-même ces services essentiels à ses membres. Et on refuse aux représentants du peuple un droit de regard sur certaines clauses des ententes conclues, malgré les lois qui régissent le droit à l’information. Cette démarche s’inscrit dans la foulée de la récente privatisation des services d’Ambulance Nouveau-Brunswick et de l’Extra-mural.

En tant que «propriétaires» de notre entreprise sociétale, canadienne ou provinciale, allons-nous continuer à croire encore longtemps que nous détenons véritablement le pouvoir de gouvernance, comme le sous-entend notre système «démocratique»?

Cyrille Sippley
Saint-Louis-de-Kent