À qui profite réellement la privatisation du Programme extra-mural?

Brian Gallant, dernièrement vous faisiez état de vos promesses électorales tenues depuis votre élection. Comme il arrive souvent dans ce cas, ce qui est affirmé ne concorde pas avec la réalité. François Gravel, éditorialiste de l’Acadie Nouvelle, a fait largement la démonstration que vos affirmations ne sont pas tout à fait exactes. Certaines promesses ont été tenues, d’autres partiellement et d’autres encore pas du tout, nous sommes loin de la coupe aux lèvres!

Ce qui est certain, c’est que vous êtes allé au-delà de vos promesses et c’est le non-dit qui pose problème. Avant les élections, la privatisation du Programme extra-mural de la province ne faisait pas partie de vos promesses. Si vous l’aviez fait, je pense que les résultats auraient été différents, car la population – surtout francophone, celle-là même qui vous a permis d’être au pouvoir – ne vous aurait pas donné son approbation étant donné qu’elle était satisfaite de ce programme. Les oppositions à votre décision de privatisation parues dans les pages de l’Acadie Nouvelle par de nombreuses personnes de notoriété établie et respectées dans la province le prouvent amplement. Les nombreux couacs du service ambulancier prouvent, hors de tout doute, que cela fonctionne mal et que les personnes les moins bien desservies sont les francophones à cause de lacunes linguistiques.

En effet, votre gouvernement n’a jamais reçu l’assentiment de la population de la province pour procéder à la privatisation du Programme extra-mural. Vous nous avez fait croire que cette privatisation allait rendre le programme plus efficace et que nous allions bénéficier de plus de soins, mais ce ne semble pas être le cas. À preuve, un message que Medavie Croix-Bleue faisait parvenir au personnel médical de la région Sud-Est le 5 avril dernier: «Ce message est pour vous informer qu’étant donné un manque de personnel, le programme Extra-Mural (PEM) Blanche-Bourgeois évaluera étroitement chaque nouvelle référence avant d’accepter d’autres admissions. (…) Sachez que les admissions au PEM pourraient être retardées, ce qui pourrait avoir un impact sur vos unités de soins.

Ce communiqué nous amène à revenir aux mêmes questions qui se posent depuis les tous débuts de cette démarche de privatisation.

Pourquoi la province a-t-elle choisi de payer plus pour un programme qui offre moins à la population? Pourquoi la province a-t-elle confié la gestion du Programme extra-mural à Medavie sans aucun appel d’offres? Quelles étaient les si grandes déficiences du programme pour qu’il soit nécessaire d’en confier la gestion à une firme privée? Et comme l’a écrit Solange Haché, la question qui tue, à qui profite réellement ce contrat?

La société des enseignantes et enseignants retraités francophones du Nouveau-Brunswick (SERFNB) ainsi que L’Association francophone des aînés du Nouveau-Brunswick dont je fais partie continuent de déplorer le fait que votre gouvernement ait procédé à la privatisation de la gestion du Programme extra-mural. La SERFNB réitère donc son appui à l’Association francophone des aînés du Nouveau-Brunswick dans sa lutte contre cette privatisation. Nous voulons aussi signifier notre support au groupe «Retour de l’extra-mural au secteur public».

Le Programme extra-mural appartient au secteur public et doit se retrouver sous la juridiction des régies de la santé. Qui plus est, la loi reconnaît aux francophones le droit de gérer leurs institutions d’éducation et de santé.

M. Gallant, puisque vous ne semblez pas être en mesure de donner des réponses plausibles à la population de votre province, nous vous demandons de résilier le contrat avec Medavie. Il pourrait en coûter 1 million $, mais c’est peu en comparaison des 44 millions $ que votre gouvernement va devoir verser à Medavie pour l’opération du programme au cours des dix prochaines années et de redonner la gestion du service extra-mural au public.

Nous sommes là devant un bel enjeu électoral, les baby-boomers et les pré-baby-boomers francophones que nous sommes, avons la mémoire longue et avons appris depuis longtemps à nous servir de ce qui est le plus précieux de la démocratie, le droit de vote.

Claude Soriano
Dieppe