Gouvernement Trudeau et francophonie: l’avant et l’après

Réjean Paulin,
Francopresse

C’est le temps des vacances, le Parlement fait relâche tandis que les banquettes des Communes et du Sénat se vident. Députés et sénateurs cèdent la place aux touristes dans ce que l’on désigne parfois comme les hauts lieux de l’expression de la démocratie ou du «tohubohu démocratique», sommes-nous tentés de dire certains jours… Il arrive que les échanges entre les représentants du peuple soient… Bon! Passons…

Il nous reste l’été pour prendre la mesure de ce que nos parlementaires ont accompli. En d’autres mots, ont-ils vraiment changé quelque chose dans nos vies? Peut-on faire un «avant et après» comme dans ces publicités où l’on nous montre une personne transformée grâce à un régime miracle, ou une cuisine brillamment rénovée en un week-end avec des produits prodigieux?

Je vous propose un avant et un après sur la francophonie, mais pas pour comparer le début et la fin de la dernière session. La première photo, celle que l’on montre avant, a été prise en novembre 2015, alors que les Libéraux prenaient le pouvoir.

Ceux qui défendent le fait français au Canada n’avaient guère de bons mots à l’endroit du gouvernement précédent. On avait reculé d’au moins dix ans, disait-on à la Fédération des communautés francophones et acadienne. Le gel du budget imposé par les conservateurs de Stephen Harper y était pour quelque chose.

Les libéraux avaient promis de remettre les langues officielles à l’ordre du jour. Ils ont tenu promesse. On en a beaucoup parlé au Parlement comme ailleurs au pays.

La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) et plusieurs de ses membres ont témoigné tour à tour devant les comités parlementaires pour parler d’éducation, d’immigration et de développement communautaire. Des députés sont même allés sur le terrain pour rencontrer les communautés partout au pays dans le cadre des consultations nationales sur le bilinguisme.

En définitive, les langues officielles ont retrouvé leur place dans le débat public. De plus, les communautés elles-mêmes ont le sentiment d’avoir trouvé quelqu’un à qui parler sur la Colline parlementaire.

Le gouvernement de Justin Trudeau a donc de quoi présenter un bilan positif.

D’abord, l’attitude. Les nombreuses audiences en comités parlementaires et les consultations publiques attestent d’une ouverture certaine. Il a aussi convenu avec le milieu scolaire de mieux contrôler l’usage des fonds fédéraux versés aux provinces pour les écoles. Il s’est engagé à promouvoir l’immigration francophone à l’extérieur du Québec. Il va dépenser pour améliorer l’accès au système de justice en français. Tout ça fait partie d’un vaste plan d’action de cinq ans avec promesses budgétaires dans les tous les domaines.

À cela, les Libéraux ont ajouté la modernisation de la Loi sur les langues officielles.

C’était la deuxième fois en trois mois que le fédéral donnait l’occasion aux minorités de déboucher une bouteille, avec l’annonce du Plan d’action à la fin mars.

Après une décennie de vache maigre, le vent est à l’optimisme.

Il reste à définir un idéal pour la Loi modernisée. La FCFA ira de sa propre proposition. Elle sera rédigée dans la forme d’une véritable loi, celle de ses rêves, en fait.

Le bilan est positif, mais pour le moment, on n’en est qu’à la théorie.

Les beaux chiffres et les bons mots sont sur papier et les budgets sont là.

Le contraste entre avant et après quant aux intentions est certainement saisissant. Toutefois, l’intention n’est pas la réalité. Seul le résultat compte. Sur le terrain, l’avant d’aujourd’hui ressemble toujours à celui de l’ère conservatrice avec ses écoles inadéquates, des services pas toujours conformes à la Loi, des programmes mal ciblés, etc. Il faudra encore plusieurs années pour faire l’après. Le contraste sera-t-il celui des belles publicités? À suivre…