Un jeune réfugié qui incarne nos valeurs

Fin juin, j’ai été impressionné par l’histoire inspirante du jeune Yasser Al Asmi. Voici un jeune réfugié syrien, qui a fui la guerre avec sa famille pour trouver un avenir meilleur dans notre pays. Yasser est arabophone. Il ne parlait ni l’anglais ni le français. À présent, ce jeune homme persévérant est trilingue. En seulement deux ans, il a embrassé les valeurs qui fondent notre identité en tant que nation forgée par l’immigration et il a appris les deux langues officielles de notre pays et de notre province. M. Al Asmi a fait mieux encore: en obtenant les meilleures notes de sa promotion à la Moncton High School, il a mérité une bourse d’études de l’Université de Moncton pour y apprendre la médecine. Quel bel exemple alors que le Nouveau-Brunswick peine à recruter des travailleurs paramédicaux et s’est pitoyablement enlisé dans le scandale de l’évaluation des infirmières. Il y a des leçons à tirer de l’histoire de Yasser Al Asmi, de son volontarisme et de sa capacité d’adaptation.

Selon un dicton populaire, quand on veut, on peut. Si un étudiant étranger qui, à l’origine, ne parlait aucune de nos deux langues officielles a démontré qu’il était possible de les apprendre en si peu de temps au point d’obtenir les meilleures notes à l’école, il n’y a aucune raison pour que les jeunes canadiens et néo-brunswickois ne puissent en faire autant.

Le bilinguisme n’est pas un handicap, mais un atout. Il va de pair avec les compétences professionnelles et donne une valeur ajoutée à l’excellence. Dans la noble carrière à laquelle il se destine, M. Al Asmi pourra soigner n’importe quel patient sans rencontrer des difficultés pour le comprendre.

Notre Loi sur les langues officielles est enchâssée dans la constitution canadienne. Lorsque j’étais membre de l’Assemblée législative, j’ai participé à la révision de la loi par le gouvernement de Bernard Lord. Cette révision périodique est prévue par la loi elle-même, et ce afin de l’améliorer continuellement sur la base des acquis de l’expérience. C’est une bonne chose qu’a prévu le législateur, car, par définition, aucune loi n’est parfaite. La révision ne peut ouvrir la voie qu’à des améliorations et non à des remises en cause qui videraient la loi de sa substance.

La Loi sur les langues officielles est faite pour tout le monde. Elle protège tous les citoyens, qu’ils soient anglophones ou francophones, et transcende les clivages politiques. Initiée par l’Acadien Louis J. Robichaud, elle fut renforcée par l’unilingue anglophone qu’était Richard Hatfield, et finalement améliorée par Bernard Lord qui est issu des deux communautés linguistiques du Canada. Il est dommage qu’aucun des successeurs de ce dernier ne se soit montré proactif dans ce dossier qui est et doit rester un instrument de rassemblement et non de division.

Le cas du Canada en général et du Nouveau-Brunswick en particulier n’est pas isolé. Prenons un instant pour regarder ce qui fait en Europe depuis des décennies, voire des siècles. Le Royaume de Belgique, siège des institutions européennes, et son voisin le Grand-duché de Luxembourg, ont trois langues officielles: le français, le néerlandais et l’allemand. En Suisse, il y a même quatre langues officielles! Ces pays fonctionnent, ce sont de saines démocraties et leurs citoyens sont de fiers polyglottes. Le multilinguisme y est constitutionnel et contribue au dynamisme de ces États.

Il n’y a pas de province plus canadienne que le Nouveau-Brunswick. Yasser Al Asmi l’a bien compris et nous avons beaucoup de chance de l’avoir parmi nous. Ce jeune homme est un modèle à suivre, car il incarne le rêve canadien, mais aussi le rêve néo-brunswickois.

Jean Dubé (Campbellton)
Ancien député conservateur fédéral et provincial