Un permis de pêche, c’est un privilège, pas un droit

La table semble être mise pour un hiver de misère dans notre région. La pêche, le moteur économique de la Péninsule, en est la raison.

Beaucoup de gens en ont à redire contre ces travailleurs d’usine qui protestent. Mais leur situation est plus dramatique que jamais. Ils ont travaillé de petites semaines, en nombre vraiment insuffisant pour faire la boucle avec la prochaine saison. C’est une baleine sociale qui va gonfler et éclater sous peu, rejaillir sur toute notre économie, et toucher tous les secteurs…

Cette situation perdure depuis de nombreuses années. On a vu des députés, des ministres et des gouvernements se succéder et personne n’a eu le courage de prendre les mesures pour régler la situation. Ils ont toujours été les boucs émissaires, les responsables sociétales.

Ces travailleurs ont toujours eu des leaders qui ne semblent pas comprendre les rouages économiques, gouvernementaux, et sociaux dans lesquels nous vivons et qui régissent notre société. Manifester, crier, chialer, limoger tous les élus semble être la stratégie privilégiée depuis des années. Stratégie d’opposition plutôt que de concertation. Parfois, ça ressemble à une manoeuvre politique à long terme organisé par un parti qui n’est jamais au pouvoir…

Le député Serge Cormier en a fait plus en deux ans que celui qui était là durant les 18 années précédant son élection. La réunion de concertation est une approche qui me donne une lueur d’espoir. Pour se comprendre, il faut se parler, dans le respect. C’est une stratégie gagnante, si on reste à la table et que l’on se parle malgré les divergences et les conflits. Il faut maintenir le focus sur la résolution du problème.

Mais ce problème n’est pas seulement celui des travailleurs d’usine, c’est celui de tous les travailleurs saisonniers. Il appartient aussi à l’industrie saisonnière, aux pêcheurs, aux gens d’affaires et à tous ceux qui habitent la région. Cet hiver, il sera notre problème commun.

Si les gouvernements se succèdent, les fonctionnaires, les administrateurs de programmes, eux, restent. Et dans la Péninsule, ces dirigeants sont teindus et font souvent plus de politique que les élus eux-mêmes. Bien sûr, en toute immunité et selon les règles… Ils affichent une virginité politique stérile. Je ne parle pas des fonctionnaires directement affectés au service aux personnes. Mais plutôt de ceux qui sont censés créer, trouver des solutions proactives, innover. Mais souvent, ce sont des maîtres du conformisme et de la rectitude politique si ceux qui les ont mis en place ne sont plus au pouvoir. Il ne faut pas faire de vagues, rester dans ce qui est sûr… Ce sont des morts vivants, bien payés.

Quand les gouvernements décideront vraiment de régler les problèmes du secteur, ils demanderont à tous les pêcheurs qui ont un prêt avec eux – et qui n’ont pas vendu leurs débarquements aux industries locales – de rembourser leurs prêts et augmenteront leurs frais de quaiage.

Quand on décidera de véritablement protéger l’industrie, on enlèvera le permis de pêche à ceux qui ne sont pas capables d’être des pêcheurs professionnels, qui ne ramènent pas un produit de qualité, qui ne protègent pas la ressource et qui n’ont pas un engagement social envers les citoyens et les communautés de pêche de la province.

On demandera aux pêcheurs de homard de déclarer toutes leurs prises, de cesser de vendre au noir des milliers de dollars de crustacé, pour en faire une industrie prospère et qui fonctionne selon des normes établies.

Un permis, c’est un privilège, pas un droit et il est temps que cela soit géré pour le bien de tous les gens de la province.

Les quotas seront répartis entre les pêcheurs, les usines et la communauté comme cela se fait en Alaska et de plus en plus ailleurs dans le monde.

Finalement, le programme d’assurance-emploi sera adapté à travers le pays à la réalité de l’industrie saisonnière. Il a été créé pour une industrie qui opère à plein temps et pour aider ceux qui perdent leurs emplois réguliers. Il n’a pas été conçu en pensant aux gens de l’industrie saisonnière, qui sont aussi importants que ceux de tous les autres secteurs. L’industrie saisonnière a ses particularités, liées aux saisons, à la température et à la période de production. Elle exige un programme flexible et adapté. Celui qui est en vigueur actuellement ne répond pas aux besoins de cette industrie et de ses travailleurs, particulièrement dans les régions où les emplois sont rares.

Il faut aussi que les travailleurs saisonniers cessent de rêver de travailler dix semaines au printemps pour obtenir du chômage le reste de l’année. Le lot des travailleurs saisonniers dans plusieurs pays est d’avoir plusieurs employeurs.

Suivre des cours de formation doit faire partie du travail des saisonniers, puisque les exigences des marchés changent tellement rapidement qu’il est nécessaire de s’ajuster aux nouvelles normes.

La pêche est la seule industrie où l’on a encore un mot à dire: la tourbe, les bleuets et le bois sont maintenant l’apanage des étrangers. Tous les propriétaires des principales usines dans ces secteurs font leur lit ailleurs que dans la Péninsule, voire ailleurs que dans la province. Les profits partent et les décisions se prennent uniquement en fonction des profits. Certaines usines de transformation de poisson n’ont-elles pas été achetées par des intérêts étrangers dernièrement?

Le multilatéralisme, la mondialisation, c’est l’appauvrissement des régions comme la nôtre. C’est accroître la richesse de quelques-uns tout en augmentant le nombre de pauvres localement. Les deux paliers de gouvernement adhèrent et favorisent cette situation.

Les principales caractéristiques d’une région sous-développée sont qu’elle ne contrôle pas son économie, que les décisions sont politiques avant d’être économiques, que les gens n’ont pas confiance dans le potentiel de la région et se fient à des intérêts extérieurs pour investir dans l’économie et que les gouvernements privilégient les investisseurs de l’extérieur avant ceux de la région.

Y’a-t-il une seule de ces caractéristiques qui ne nous colle pas à la peau?

À nous tous, comme société, de nous prendre en main, même sans l’aide de nos gouvernements – qui ont des programmes politiques souvent contraires à nos intérêts.

Le libéralisme économique, la montée de la droite, sont des illusions stériles pour nous.

Le rôle des gouvernements, c’est de voir au bien-être de ses commettants, non de privilégier les grosses industries et les magnats de la finance. Souvenons-nous que nous avons la puissance de nos votes individuels lors des élections.

Réginald Boudreau
Grande-Anse