Santé: il faut commencer là où ça compte

Le gouvernement se propose d’augmenter les revenus d’un certain nombre de médecins, ce que nous déplorons pour les raisons suivantes.

J’ose croire que la grande majorité des personnes qui se lancent dans de si longues études de médecine le font par esprit d’humanité et non par souci monétaire. Et j’ose aussi croire que le refus de pratiquer en région ne l’est pas pour cause d’argent, mais plutôt en raison de conditions de travail indécentes, presque inhumaines.

Plutôt que d’augmenter le salaire des médecins, il apparaîtrait plus convenable d’augmenter le personnel soignant (médecins, infirmières et personnel de soins à domicile) afin d’offrir un service complet et diminuer les heures de travail des uns et des autres pour que chacun et chacune puissent jouir de ses heures de repos, de ses fins de semaine et de ses nuits de façon régulière et normale.

Ni le médecin ni le patient ne sont bien servis avec une surcharge de travail. Quant à l’augmentation du revenu des médecins, je suis convaincu qu’elle n’est pas la priorité.

Pourquoi ne pas considérer plutôt la surcharge de travail qui ne permet pas d’exercer la profession dans des conditions adéquates?

Ceci dit, l’argent avancé pour augmenter le revenu des médecins serait mieux accueilli par la population et mieux investi s’il était consacré à améliorer les conditions de travail de tout le personnel, entre autres celles des aides-soignantes à domicile qui aujourd’hui ne touchent que 14,05$ de l’heure depuis une augmentation de 40 cents de l’heure en avril 2018.

Ces personnes en sus d’être mal payées n’ont pas de plan de pension, ni de vacances, ni de congés payés. Elles doivent assurer elles-mêmes leur voiture et dans certaines agences, on ne paie le déplacement pour se rendre d’un endroit à l’autre qu’au taux dérisoire de 12 cents le kilomètre sans payer les frais occasionnés par le retour. Inutile d’ajouter que ce sont des conditions indignes d’un pays comme le nôtre. Il y a pénurie d’aides-soignantes et pour cause. Nous croyons que plus d’infirmières praticiennes et de meilleurs salaires pour les soins à domicile réduiraient de façon importante les coûts des soins exacerbés par le manque de personnel. Si le gouvernement prêche que demeurer dans son logis le plus longtemps possible est moins coûteux, il doit commencer là où ça compte.

Huberte Gautreau
Moncton