Retournons l’extra-mural à Vitalité

La présente fait suite à votre lettre du 19 janvier 2018 en réponse à celle que le Groupe de développement durable du Pays de Cocagne (GDDPC) vous adressait le 18 décembre 2017 concernant la privatisation du Programme extra-mural (PEM).

Votre lettre présente les objectifs de la privatisation, mais n’explique pas pourquoi ces objectifs ne peuvent être atteints par les régies de santé. Elle n’explique pas non plus pourquoi le gouvernement a investi des millions de dollars dans Medavie, au lieu d’investir dans les régies, et particulièrement dans Vitalité qui avait demandé 1,5 million $ pour informatiser le dossier-patient.

Nous apprécions le fait que le gouvernement veuille innover dans la prestation des soins de santé à l’extra-mural, mais nous croyons qu’il appartient aux régies de santé d’effectuer les changements nécessaires et non à une entreprise privée. Nous croyons que les 44 millions $ de dollars auraient dû être investis dans les régies, et non dans Medavie, pour garder le PEM dans le système public et respecter ainsi la dualité linguistique exigée par la Loi sur les langues officielles (LLO). Cette loi protège la langue et la culture française et stipule que la communauté acadienne et francophone a le droit de gérer les institutions qui lui sont propres.

La régie Vitalité est l’entité compétente qui assure la qualité des soins de santé en français et, pour cette raison, l’unité Blanche Bourgeois doit demeurer sous sa gouverne. Qui plus est, Vitalité avait proposé des mesures novatrices pour moderniser le PEM. Il devenait alors possible pour le gouvernement de fixer des cibles de performance et de s’assurer qu’elles soient atteintes. Par conséquent, le refus du plan soumis par Vitalité ne peut être justifié.

Le PEM doit demeurer sous la gestion et la gouvernance des régies de santé parce que la Loi canadienne sur la santé exige que tout service médical soit géré sous administration publique, et ce pour plusieurs raisons. Il est ainsi universel, gratuit et accessible à tous. De plus, il est redevable au public et répond à l’intérêt général. Il répond aux besoins des groupes en situation minoritaire et vise la qualité des services. Par opposition, l’entreprise privée n’est pas redevable au public, mais répond à l’intérêt de petits groupes. Elle ne respecte pas la LLO et vise le profit. L’entente secrète avec Medavie démontre clairement que l’entreprise privée n’est pas redevable à la population. Elle démontre que la privatisation n’a pas de place dans le système public de santé.

Nous sommes fondamentalement en désaccord avec la privatisation du PEM parce qu’elle va à l’encontre de la mission du GDDPC qui veut faciliter l’engagement citoyen pour assurer la viabilité des communautés du bassin versant de Cocagne. La vision du GDDPC veut que ces communautés, nommément Cocagne, Notre-Dame, Irishtown, Saint-Antoine et Grande-Digue, participent activement dans tous les champs d’activité communautaire qui affecte la sécurité et la qualité de vie. Cette vision veut que les citoyens et citoyennes aient une voix dans les décisions politiques qui concernent les services de santé.

Le PEM est bien ancré dans les communautés. Nous croyons que les citoyens et citoyennes peuvent participer activement au développement d’un PEM intégré au système public et, ce faisant, peuvent favoriser sa durabilité. Par contre, ils ne peuvent participer activement au développement d’un PEM privatisé. De plus, la privatisation ne respecte pas la LLO qui était assurée sous la direction de Vitalité. Pour ces raisons, nous vous demandons de résilier l’entente avec Medavie et de retourner l’unité Blanche Bourgeois du PEM au système public sous la gouvernance de Vitalité.

Nous déplorons le mode de gouvernance autocratique dont votre gouvernement a fait preuve dans le processus de privatisation du PEM. Le gouvernement n’avait pas le mandat de l’électorat et il a procédé sans consultation publique, sans appel d’offres, et sans respecter la dualité linguistique. De plus, il n’a pas été à l’écoute des citoyens et citoyennes qui disaient ne pas avoir confiance dans la firme Medavie parce qu’elle a de sérieux problèmes opérationnels avec Ambulance Nouveau-Brunswick. Elle n’a pas la compétence équivalente à celle des régies de santé, et ne respecte pas la LLO. La santé de la démocratie se porte moins bien quand un gouvernement ne respecte pas les règles qui sous-tendent le processus démocratique.

Nous réitérons notre demande d’annuler l’entente avec Medavie et de retourner le PEM au secteur public. Si toutes les dispositions de la LLO avaient été respectées, l’unité Blanche Bourgeois du PEM n’aurait pas été privatisée.

Les gouvernements ont l’obligation de respecter la LLO pour assurer le développement des deux groupes linguistiques. Le premier ministre est responsable de faire respecter la LLO. À cet effet, nous appuyons la recommandation de l’ex-commissaire aux langues officielles Katherine d’Entremont quant à la création d’un secrétariat aux langues officielles pour assister le premier ministre dans cette responsabilité.

Bernadette Goguen, coprésidente
Léopold Bourgeois, coprésident
Odette Landry, secrétaire
Adrien Léger, trésorier
Groupe de développement durable du Pays de Cocagne