Un incitatif épargne-études propre au N.-B.

Le premier ministre vient d’annoncer la bonification d’un programme d’accès aux études postsecondaires. C’est une excellente nouvelle puisque le lien entre la prospérité économique et la qualité de la main-d’œuvre n’est plus à démontrer. Les pays et régions qui disposent d’un bassin varié de compétences sont plus productifs et plus à même de s’adapter aux conditions changeantes liées aux cycles économiques.

Cela nécessite une main-d’œuvre bien scolarisée et un bon niveau de littératie de la population en général. En plus d’améliorer les chances d’employabilité des jeunes, la formation postsecondaire contribue à une meilleure productivité et à l’augmentation du PIB, tout en favorisant la participation citoyenne.

Le Nouveau-Brunswick ne fait pas exception. Comme ailleurs, les entreprises, de même que les organismes communautaires et institutionnels ont besoin de travailleurs ayant une solide formation de base qui leur permet d’être productifs sur le marché du travail, tout en développant de l’autonomie, le sens des responsabilités, ainsi que l’adaptabilité aux tâches et conditions changeantes du marché du travail. Mais encore faut-il que les jeunes aient financièrement accès aux études postsecondaires, en évitant un endettement excessif. Il faut noter qu’au Nouveau-Brunswick le taux de participation des jeunes de 18 à 24 ans aux études universitaires a régressé au cours de la dernière décennie, passant de 20,3% en 2005-06 à 18,3% en 2012-13.

Les signataires de ce texte sont les auteurs d’une étude universitaire rendue publique récemment par l’Université de Moncton, Campus de Shippagan. L’étude fait un état de la situation de l’épargne-études dans la province et recommande au gouvernement du Nouveau-Brunswick d’instaurer un incitatif à l’épargne-études. Cette mesure serait complémentaire aux programmes actuels et elle aurait un impact à long terme qui diminuerait le nombre d’étudiants qui doivent recourir aux prêts étudiants.

La Fédération des jeunes francophones du Nouveau-Brunswick et la Fédération des étudiants et étudiantes de l’Université de Moncton se sont prononcées en faveur d’un tel incitatif puisqu’il augmentera les subventions fédérales destinées aux étudiants du postsecondaire et diminuera le fardeau de la dette étudiante.

Les provinces qui ont instauré un incitatif qui s’ajoute à l’incitatif fédéral ont vu une augmentation significative des subventions fédérales. Pour un investissement relativement faible de ces provinces, les retombées sont très significatives dans le compte des jeunes qui s’inscrivent à des études postsecondaires. Au Québec, par exemple, les subventions fédérales ont augmenté de 91%, passant de 88 à 168M$ entre 2007 et 2016, suite à l’instauration de l’incitatif provincial. En Colombie-Britannique, à la suite de l’instauration d’un incitatif en 2013, les subventions fédérales atteignent 126M$, une progression de 46,5% en moins de 5 ans.

Notre province ne suit pas la cadence avec une augmentation de 30% des subventions fédérales pour la même période. Ceci explique que les jeunes du Nouveau-Brunswick perdent des millions de dollars annuellement en subventions fédérales.

La proposition que nous avons acheminée au gouvernement du Nouveau-Brunswick consiste en un programme abordable qui tient compte de la capacité de payer de la province, il est simple à administrer et pourrait rejoindre la très grande majorité des naissances dans la province.

Un incitatif propre au Nouveau-Brunswick aurait plusieurs effets bénéfiques. Si l’épargne des parents dans les REÉÉ en vue de soutenir les études postsecondaires augmente:

  • Les subventions fédérales augmenteront.
  • Le taux de participation des jeunes aux études postsecondaires se maintiendra et aura même tendance à augmenter, ce qui sera aussi à l’avantage des institutions d’enseignement postsecondaire.
  • Le taux d’obtention de diplômes dans les institutions postsecondaires s’améliorera ce qui aura comme effet de rendre le marché du travail plus dynamique en raison de la qualité de la main d’œuvre. Une province avec un bassin de main-d’œuvre qualifiée est plus apte à attirer des industries et des investissements.
  • Le recours aux prêts étudiants diminuera ainsi que le niveau d’endettement à la fin des études.
  • Ceci entraînera une augmentation du pouvoir d’achat des jeunes diplômés qui deviendront plus rapidement des acteurs économiques et des contribuables, ce qui fera augmenter le PIB provincial.
  • Les revenus moyens au niveau provincial auront tendance à augmenter et le chômage chez les jeunes de 24 à 35 ans aura tendance à diminuer.
  • L’ensemble de ces bénéfices réduira la pression sur les dépenses publiques et contribuera à augmenter les revenus gouvernementaux via la fiscalité. Bref le niveau de vie de la population devrait s’améliorer.

Maurice Beaudin, Ph. D.

Jean-Bernard Robichaud, Ph. D.