Le salaire minimum n’est pas une taxe sur la masse salariale

C’est le temps des élections et les propositions se font de part et d’autre par les différents partis politiques.

Une de ces propositions concerne le salaire minimum. Le Parti vert propose une augmentation du salaire minimum sur une période de quatre ans pour atteindre 15,25$ l’heure, le NPD 15 $ et les libéraux 14$. Le parti progressiste conservateur dit que le salaire minimum devrait augmenter parallèlement à l’inflation tandis que l’Alliance des gens n’en parle même pas dans sa plateforme électorale.

Peu de temps après ces annonces, un groupe de pression du secteur des petites et moyennes entreprises et un économiste ont réagi à ces déclarations. L’économiste propose un tout nouvel argument et quelques vieux arguments pour exprimer son opposition à une augmentation du salaire minimum.

Selon ce nouvel argument, dont je n’ai jamais entendu parler, il prétend que le salaire minimum est une forme particulière d’impôt et de transfert. C’est bien cela, une forme particulière d’impôt et de transfert, payé par les employeurs aux employés afin de combattre la pauvreté et d’amener davantage de citoyens du Nouveau-Brunswick dans la classe moyenne, rien de moins. J’ai consulté le dictionnaire Merriam-Webster et j’ai trouvé la définition suivante: un salaire consiste en un paiement, habituellement en argent, pour un travail ou des services, le plus souvent selon un contrat et sur une base de travail horaire, quotidien ou à la pièce.

J’ai toujours cru, comme le croient d’ailleurs tous les travailleurs et travailleuses, qu’un salaire est un montant d’argent qu’un employeur paye pour son travail afin faire un profit. Fait assez étrange, cet économiste semble croire que le salaire n’est qu’une autre forme d’impôt. C’est une manière pauvre et grossière de vouloir plaire à ceux qui sont contre toute forme de taxation, mais cela ne fait aucun sens.

Comme deuxième argument, cet économiste veut ranimer l’idée que le salaire minimum est semblable à une taxe sur la masse salariale. Dans ce cas, il utilise l’exemple que le salaire minimum est semblable aux primes payées à Travail sécuritaire NB, vues par certaines entreprises comme une taxe sur la masse salariale. L’auteur semble oublier, ou peut-être ne le sait-il pas, que le milieu des affaires en est venu à une entente, il y a de cela des années, que les employeurs payent des primes à une organisation provinciale afin de compenser les travailleurs s’il survient des blessures ou s’ils sont tués au travail, afin d’éviter que les employeurs soient poursuivis en justice par ceux-ci. Essentiellement, Travail sécuritaire NB est une compagnie d’assurance contrôlée par le monde des affaires qui détermine le montant des primes et les prélève des employeurs comptant plus de trois employés. Les primes ne sont pas des taxes sur la masse salariale, ce sont des primes tout comme celles que nous payons pour assurer notre maison ou notre auto afin que nous soyons protégés si quelque chose nous arrive.

Un troisième vieil argument avancé par cet économiste, c’est qu’augmenter le salaire minimum provoquera des pertes d’emploi. S’il avait pris le temps de consulter les données de Statistiques Canada entre 2007 et 2017, il aurait remarqué qu’il n’y a eu aucune perte d’emploi substantielle dans la catégorie des petites et moyennes entreprises, malgré que le salaire minimum ait augmenté onze fois durant cette même période. Cette personne devrait savoir, compte tenu de ses antécédents professionnels, qu’il y a de nombreux facteurs, autres que le salaire minimum (concurrence locale, accords commerciaux internationaux, santé financière de l’économie, la valeur élevée du dollar, etc.) qui sont la cause des pertes d’emploi.

Le quatrième point que présente cet économiste, c’est qu’une augmentation du salaire minimum obligerait les travailleurs à être plus productifs afin d’augmenter les revenus des entreprises. Il semble que ce ne serait pas un problème dans le cas d’employés physiquement aptes au travail, mais ce le serait pour les personnes ayant un handicap, puisque leur productivité est inférieure, d’après lui. Selon l’économiste, en raison de cette augmentation du salaire minimum, les employeurs penseraient à deux fois avant d’embaucher une personne ayant un handicap. Je propose qu’il discute avec Mark Wafer, détenteur d’une franchise Tim Horton à Toronto, qui embauche des personnes avec un handicap.

Enfin, selon le point de vue de cet économiste, nous devons nous attaquer à la pauvreté, mais la solution n’est pas d’augmenter le salaire minimum. Il propose un concept de revenu annuel minimum et plus d’allégements fiscaux.

Je conviens que ces propositions pourraient réduire la pauvreté, mais un programme plus robuste de logement social, un système de garderie accessible à prix abordable, un régime provincial d’assurance-médicaments universel, l’équité salariale dans le secteur privé, un salaire minimum plus élevé et des législations de travail améliorées le pourraient également.

On ne pourra réduire la pauvreté que si chaque secteur de la société contribue financièrement à ces programmes publics de base par l’entremise du régime fiscal.

Le problème, comme nous l’avons vu à maintes reprises dans le passé et à l’heure actuelle, c’est qu’une partie du monde des affaires n’est pas prête à payer sa juste part.

Jean-Claude Basque
Moncton