Retroussons-nous les manches!

Il y a maintenant un peu plus d’un mois depuis les résultats des élections provinciales du 24 septembre 2018 et beaucoup d’incertitude plane toujours sur le panorama politique du Nouveau-Brunswick (NB). La présente ambiguïté politique pèse lourd sur la population acadienne et francophone de notre province et, de plus, l’incertitude est accompagnée d’un certain degré d’anxiété. Pour la vaste majorité d’entre eux, la victoire de trois députés du «People’s Alliance» ramène, avec raison, le spectre du défunt CoR party et de son anti-bilinguisme véhément.

À qui veut bien les entendre, les élus de l’Alliance tentent de rassurer que ce «nouveau» parti n’est pas poussé de la même souche que leurs prédécesseurs. Leurs efforts à ce niveau manquent de crédibilité, d’authenticité et même d’intégrité lorsqu’on regarde les actions et gestes posés. En premier lieu, je citerais le fait que leur chef refuse de dénoncer les propos anti-francophones et anti-bilinguismes des membres, des groupes et des candidats qui forment son parti. Cette situation est préoccupante pour tout citoyen qui comprend et respecte que la dualité linguistique soit à l’essence même du caractère unique de notre province.

Si pour toutes ces personnes la percée de l’Alliance est une source d’inquiétude, ça en est doublement vrai pour la communauté acadienne et francophone de Miramichi. Ici, en plein milieu de la tache mauve qui marque le centre du N.-B., cette appréhension est amplifiée par plusieurs facteurs. Le premier est que, à nulle part d’autre dans la province, la percée de l’Alliance a été aussi dramatique que dans notre région. Non seulement un député de ce parti a été élu, mais leurs candidats ont fini proche deuxièmes dans deux autres des courses sur notre territoire.

Pour les francophones de Miramichi, il est facile d’avoir l’impression de ne pas être dans la plus confortable des positions. Et certes pas dans la meilleure des époques. Il est malheureusement aisé de remettre en question tous les acquis des dernières décennies et de se préoccuper de l’équilibre linguistique et culturel dont nous étions tellement fiers si récemment. Mais en antidote au découragement, qui trop facilement suivrait cette ligne de pensée, je vous inviterais à réfléchir et prendre position sur les quelques points suivants.

En premier lieu, je suis convaincu qu’il faut rejeter et surtout refuser de normaliser le «People’s Alliance» tant que ce groupe n’aura pas formellement rejeté clairement toute position et tout commentaire anti-bilinguisme. Par contre, rejeter ce parti qui mise son succès sur la capacité de diviser n’est pas synonyme de rejeter les personnes qui ont voté pour ce parti. Bien qu’il soit indéniable que certains ont voté mauve pour des raisons linguistiques, beaucoup d’autres étaient à la recherche de changement de statu quo plutôt que du rejet de la dualité qui caractérise notre province. Nous devons être prudents de ne pas entendre ce qui n’a pas été dit. La menace se trouve dans la plateforme, les gestes et les préceptes d’un parti formel qui cherche à acquérir un pouvoir politique en misant sur de vieilles divisions. Dans ce contexte, se méfier de son voisin et de s’en éloigner, seraient faire exactement ce que les membres de ce parti souhaiteraient qu’on fasse.

Il est très tentant, dans un contexte comme celui dans lequel nous nous trouvons, de se replier en terrain connu et sécuritaire. Au contraire, si nous souhaitons un jour dépasser le fossé linguistique que ce parti cherche à exploiter, il faut foncer pas retraiter. Le temps est à se retrousser les manches et ne pas baisser les bras. Nous devons être plus culturellement présents dans notre région que nous ne l’avons jamais été! Nous nous devons, plus que jamais, faire certains que nous sommes entendus, connus et reconnus comme la force culturelle et économique que nous sommes dans cette région dont nous sommes partie intégrale.

D’abord et avant tout, en tant que communauté acadienne et francophone dans un milieu doublement minoritaire, se décourager de la présente situation est un luxe que nous n’avons pas. Le temps est à l’action, à l’implication et surtout à l’affirmation de qui nous sommes. Ces gestes peuvent prendre toutes sortes de formes, ils peuvent être individuels ou collectifs, peu importe. Ils se doivent seulement d’être constructifs et rassembleurs et ne jamais tomber dans le piège du «eux contre nous». Si vous cherchez de l’inspiration pour trouver les gestes qui vous conviennent le mieux, je suis convaincu que les organismes acadiens qui vous entourent seraient ravis d’avoir cette conversation avec vous.

Je vous quitte avec ces mots d’Edmund Burke qui disait qu’«il suffit, pour que le mal triomphe, que les hommes de bien ne fassent rien». Dans le contexte actuel, la chose que nous ne pouvons pas nous permettre est l’inaction. Alors les amis, retroussons les manches et démontrons non seulement qui nous sommes, mais aussi ce dont nous sommes capables!

Marc Allain, directeur général
Carrefour Communautaire Beausoleil
Miramichi