Faites ce que je dis, pas ce que je fais

Assemblée législative, Fredericton, le 30 octobre 2018. Seul perché dans les tribunes du public, je lis posément tandis qu’ont lieu les travaux parlementaires du Nouveau-Brunswick. Dans toute l’enceinte, je me trouve en réalité à faire comme à peu près tous les parlementaires eux-mêmes; ils sont une majorité à vaquer ostensiblement à leurs affaires en pleine chambre – courriels par téléphones ou lecture de rapports au vu et au su de tous – tandis que pérorent tour à tour leurs collègues, à peu près dans le vide.

Un député que je veux entendre doit prendre la parole dans l’après-midi et c’est la raison pour laquelle je suis venu.

Mais on ne m’en donnera pas la chance. Une garde de sécurité vient me semoncer: j’ai l’odieux de lire plutôt que d’assister aux insignes travaux parlementaires dans leur moindre détail.

Comme un mauvais élève, on me somme de m’asseoir au fond de la tribune, d’où je ne vois ni n’entend quoi que ce soit, et surtout de ranger cet offensant bouquin qui me tient compagnie jusqu’à ce que parle celui que je suis venu entendre. J’ai donc dû quitter, indirectement mis à la porte.

Et c’est sans rire qu’ils prétendent encore parler au nom de la démocratie…

Alain Deneault
Petite-Rivière-de-l’île