Ne touche pas à mon université!

La décision mal avisée du gouvernement Ford de sabrer dans le projet très avancé de l’Université de l’Ontario français nous ramène aux heures plus noires d’il y a un siècle avec le Règlement 17. À l’époque, l’attaque était contre l’accès aux études primaires en français. Depuis ce temps les Franco-ontariens ont réussi à bâtir un solide système d’éducation qui permet un accès aux études en français. Cependant, même si nous sommes loin de cette période héroïque, l’abandon du projet de l’Université de l’Ontario français a des conséquences aussi néfastes. C’est à notre époque la plus grave attaque à la francophonie ontarienne. C’est encore plus grave que l’attaque contre l’Hôpital Montfort. Je n’ai rien contre un hôpital francophone à Ottawa, mais un hôpital cela soigne des malades dans un endroit bien localisé et c’est important. Cependant la création d’une université à vocation provinciale, c’est encore plus important puisque c’est une ressource de développement scientifique, économique, social et culturel. C’est un projet d’avenir qui aura des impacts durables non seulement pour la communauté francophone, mais pour toute la province.

Le gouvernement doit savoir qu’une université c’est plus qu’un ensemble de programmes pédagogiques et ses impacts dépassent la formation donnée aux étudiants qui la fréquentent. Une Université dont le nom signifie, «l’univers dans la cité», donne accès à l’universel. C’est un lieu de développement scientifique avec ses centres de recherche, c’est un lieu de développement culturel qui soutient les créateurs et les artistes, c’est un lieu de débats qui font avancer les mentalités et qui fournissent des réponses aux défis qui se posent à la société. C’est aussi un lieu de développement économique en soutenant les entrepreneurs et les gestionnaires de l’avenir. On pourrait continuer longtemps sur les bénéfices de l’Université. Il faut cesser de voir ce projet d’université comme une dépense, c’est un investissement d’avenir qui rapporte gros par ses retombées économiques.

Priver l’Ontario français de son université c’est lui couper les ailes en plein essor. Espérons que les universités bilingues de l’Ontario ne joueront pas dans un mauvais film parce qu’elles y verraient leur intérêt à court terme. Il faut une mobilisation monstre, incluant toutes les forces des universitaires ontariens, qu’ils soient anglophones et francophones!

Une façon efficace de contrer la volonté du gouvernement Ford de mettre fin à ce projet serait de faire une magistrale campagne de collecte de fonds à l’échelle du pays, avec un objectif ambitieux, par exemple 100 millions $. Ce serait une réponse retentissante, cela donnerait des moyens significatifs aux promoteurs du projet et l’on pourrait même demander au gouvernement fédéral de rencontrer les dons privés à 50%.

Il n’y a pas de limite à l’imagination et à la créativité des Franco-ontariens quand ils sont attaqués de front!

Jean-Bernard Robichaud
Ancien recteur de l’Université de Moncton
Pointe-Alexandre