Quand les gouvernements ne durent que quatre ans…

Brian Gallant est allé prendre place au nombre de ceux qui n’auront duré que le temps d’un mandat comme gouvernement. S’agirait-il là d’une tendance où se manifestent mécontentement et scepticisme de la part de l’électorat? Ils sont trois à avoir subi le même sort: Shawn Graham, David Alward et Brian Gallant. La population a dit NON et leur a montré la porte.

Le dénominateur commun: ils ont tous les trois transgresser leur pouvoir. Ils ont agi contre la volonté de la population. Dans de telles circonstances, les électeurs sont intransigeants. Ils ne pardonnent pas. Ils n’acceptent pas qu’on les ait floués.

Dans le cas de Shawn Graham, il avait décidé que la meilleure chose qui soit pour les Neo-Brunswickois, c’était de vendre Énergie NB au Québec. Pourtant, il avait dit aux électeurs durant la campagne électorale qu’on pouvait compter sur lui: que jamais il ne poserait un tel geste, et pourtant…

David Alward est demeuré ferme dans son intention de soutenir l’exploration du gaz de schiste malgré les manifestations et les émeutes importantes de divers secteurs de la population. Il s’est retranché dans la tour d’ivoire du pouvoir où il croyait être à l’abri des critiques et du mécontentement dans l’attente du calme et des oubliettes. À la fin de son premier mandat, il n’était plus en poste.

Brian Gallant s’est permis de démanteler le système de santé en privatisant le Programme extra-mural. Le tout a été remis sur un plateau d’argent, sans étude et sans appel d’offre, à Medavie, une entreprise privée, associée à la compagnie d’assurance Croix-Bleue. Malgré la très forte opposition du public, les députés ont eu l’ordre d’aller répandre la bonne nouvelle, d’appuyer la transaction et de tenter de convaincre la population du bien-fondé d’une décision qui était ce qu’il y avait de mieux pour elle. Il a dit depuis sa défaite ne pas avoir été à l’écoute de la population. En voici un exemple éloquent.

On allait remettre le programme des soins médicaux à domicile à la même compagnie qui avait démontré qu’elle avait fait un gâchis magistral du service ambulancier. Cela n’a pas eu l’air de déranger puisque la province a renouvelé, pour dix autres années, son contrat avec Medavie et, de plus, lui a remis la gestion d’un secteur important du système de santé qui fonctionnait très bien et qui jouissait de la satisfaction entière du grand public, soit l’extra-mural.

Les députés et ministres n’ont même pas caché le fait que le Programme extra-mural fonctionnait à merveille sous la juridiction des régies de la santé et qu’il allait en coûter 44 millions $ de plus sur dix ans pour opérer dans le secteur privé. La population n’y a absolument rien compris et n’y comprend toujours rien.

Personne ne voulait de cette transaction tant les anglophones que les francophones. Lors des 34 réunions publiques tenues un peu partout dans la province, la population était unanime: elle ne voulait pas de privatisation du Programme extra-mural. Et malgré tout, le gouvernement est allé de l’avant dans son entêtement. Le premier ministre aurait même dit à son caucus qu’il ne fallait pas s’en faire, que la critique s’estomperait dans moins de deux mois. Surprise! La critique et l’opposition a duré jusqu’à la signature du contrat en catimini, le 31 décembre 2017. Une population aussi mécontente ne renouvelle pas le mandat à un gouvernement.

Quoique Graham, Alward et Gallant n’aient pas été des visionnaires, ils n’étaient pas non plus des nullités. Je crois, comme plusieurs, qu’ils ont été mal entourés. Il a manqué de réalité politique. Des gens qui ne savent pas dire «non » au chef et le prévenir que de s’aventurer dans telle ou telle voie pourrait avoir des conséquences graves.

Qu’arrivera-t-il sous un gouvernement Higgs. Il a été très clair avec les membres de l’organisme «Retour de l’Extra-Mural au secteur public» : Medavie ne ferait guère mieux que le secteur public: il entend lui donner six mois pour qu’elle prouve le contraire.

Les tiers partis ont fait savoir publiquement qu’ils étaient contre la privatisation de l’extra-mural. Espérons qu’au cours des prochains mois, il se trouvera assez de courage politique pour que le programme revienne trouver sa place au sein du secteur public là où il se doit d’être.

Hector J. Cormier
Moncton