Corinne Gallant, une source d’inspiration

Pendant le mois de novembre, «le mois des morts» comme on disait par chez nous, je pense un peu plus souvent à celles et à ceux qui ont quitté cette vie. Ma collègue et amie Corinne Gallant, décédée le 24 juillet, revient souvent dans mes pensées. Lors de ma dernière visite chez Corinne, trois ou quatre jours avant son décès, elle me fit cette surprenante confidence: «Tu n’auras plus à me rendre visite. Mon voyage sur terre est terminé. Dorénavant nous faisons Un, toi et moi, moi et toutes celles, tous ceux que nous aimons. Un avec le Cosmos, Un avec Dieu! N’est-ce pas merveilleux?». Très ému, je l’ai embrassée en lui disant: «C’est vrai que c’est merveilleux! La mort n’existe plus!» Toute sa personne rayonnait d’une grande paix. Je ne l’avais jamais vue aussi belle, aussi rayonnante de joie!

J’ai accueilli ces sages paroles de Corinne comme le résumé d’une longue vie de recherche, de don de soi, d’émerveillement. Nous sommes nombreux à vouer une profonde reconnaissance envers cette grande Acadienne. Que d’engagements, de réalisations dans nos luttes pour la promotion des droits de la personne, la place de la femme dans la société, le respect des cultures! Que dire de son émerveillement devant le caractère sacré de l’univers, l’intelligence de ses lois, la beauté de chacun de ses éléments, la profondeur du mystère de chaque personne humaine? Sa passion de connaître et de partager cet émerveillement ne serait-elle pas à la source d’une vie aussi bien remplie?

Corinne a toujours été assoiffée de connaissances. Elle m’a confié que c’est en sciences qu’elle aurait voulu faire carrière. Les besoins de l’époque l’ont plutôt orientée vers la philosophie. Elle était toujours à l’affût des dernières recherches de grands maîtres du côté de la physique, de la cosmologie, de la spiritualité, de la philosophie. Ses dernières lectures ont été Homo Sapiens et Homo deus de Yuval Noah Harari.

Ce qui lui apportait joie et énergie était sa conviction que science et spiritualité, science et philosophie se rapprochent de plus en plus pour nous faire mieux saisir que nous sommes, chacun de nous, des éléments indispensables de l’Univers, que nous faisons un avec Dieu, que nous sommes un visage unique et indispensable de la Vie, de l’Amour, de la Vérité… Telle était la source d’inspiration qui, jusqu’à son décès, motivait Corinne à monter aux barricades devant toute situation d’injustice.

Dès 2011, consciente qu’elle aurait à relever le défi d’une grave maladie, Corinne nous a précisé ce qu’elle voulait comme célébration à la fin de sa vie: une cérémonie toute simple, joyeuse, artistique, pour parents et amis. Aucune place pour la mort, aucune crainte devant ce passage vers la plénitude de la Vie. Du violon exécuté par deux de ses nièces, de la danse, si possible, des témoignages de parents, d’amis, de collègues, l’Ave Maria de Caccini chanté par Aurélie Cormier, une lecture du Cantique de Frère Soleil (François d’Assise). Le programme a été suivi à la lettre.

La lecture d’une sorte de testament spirituel trouvé dans ses papiers, que Corinne avait écrit à la main le jour de Noël 2015, est venue clore cette touchante célébration. Nous avons répondu à son précieux message en lui chantant tous ensemble: «Ma chère Corinne, c’est à ton tour, de te laisser parler d’amour!»

Merci Corinne. Pour bâtir ce monde plus humain, plus solidaire dont nous rêvons tous, nous compterons toujours sur toi !

Fernand Arsenault
Cap-Pelé