Les victimes seront-elles toujours avec nous?

La violence faite aux femmes par leur partenaire n’est pas un trouble spontané, ou une catastrophe naturelle imprévisible. Pourtant, c’est ainsi que nous en traitons. Nous offrons nos pensées et nos prières, organisons des refuges et des vigiles et aidons les victimes.

Cette violence est un problème évitable. Une forte part des fonds qu’on y investit devrait chercher à l’empêcher. Mais au Nouveau-Brunswick, presque tous les fonds qui y sont consacrés servent à panser la situation après coup. On dépense très peu avant qu’il ne soit trop tard, pour éviter la violence. La prévention de cette violence est ce que sont les vaccins contre les maladies infectieuses. Mais à ce jour, nous ne faisons que traiter les infections.

Tout comme la charité peut prolonger un problème au lieu de le régler, nous pouvons devenir complices – contribuer au problème – lorsque, pour de bonnes et de mauvaises raisons, nous ne faisons qu’aider les victimes. Si nous ne nous attaquons qu’aux conséquences et pas aux causes, ne rendons-nous pas le statu quo confortable au lieu de le changer?

Cela fait environ 40 ans que le Nouveau-Brunswick a commencé à parler des «femmes battues», un phénomène qu’on nommera plus tard violence domestique, violence conjugale, violence entre partenaires intimes.

Le Nouveau-Brunswick a maintenant un réseau de bons services pour les victimes – maisons de transition, logement de deuxième étape, services de proximité et counseling. Les professionnels de première ligne de tous types ont été formés pour identifier et traiter les victimes.

Il existe un seul tribunal spécialisé en matière de violence familiale, situé à Moncton. Il existe des services pour les partenaires agresseurs, si vous pouvez les trouver et les obtenir.

Chaque année, des journées, des semaines, et des mois spéciaux sont consacrés à la commémoration de la violence à l’égard des femmes, des rubans sont portés et coupés. Parmi la myriade de projets de financement de services aux victimes, il y a celui des hommes défilant à talons hauts rouges.

Ce que nous n’avons pas – ou qui n’est pas divulgué – est une bonne information sur l’incidence de cette violence, sur les taux de récidive, sur les résultats de la justice. Voilà quelques années, nous avions accès à la plupart de ces informations grâce aux publications du groupe de travail interministériel sur les statistiques de la violence familiale – aujourd’hui disparu – et du Conseil consultatif sur la condition de la femme, aujourd’hui aboli.

Nous n’avons pas non plus d’évaluations de l’efficacité des programmes actuels sur l’incidence de la violence. Je suis d’avis que les gouvernements et les sociétés contrôlent ce qui leur est important, ce à quoi ils s’engagent à améliorer.

Ce que nous n’avons pas non plus, c’est un public informé quant aux causes de cette violence. Aucune campagne provinciale de sensibilisation du public n’a été menée pour s’attaquer aux causes. Il faudrait une stratégie de mesures durables se renforçant mutuellement et mettant en cause les rôles et les normes ayant trait aux hommes et aux femmes et les autres causes de la violence.

Je pourrais croire que nos attitudes à l’égard de la violence faite aux femmes ont changé. Après tout, cela fait des années que je n’ai pas entendu que nous brisons les familles en aidant les victimes à partir. Et de nos jours, tout le monde semble disposé à ouvrir son portefeuille pour les collectes de fonds pour les victimes. Mais je ne peux pas être certaine que les attitudes ont changé. Les résultats du sondage sur les attitudes au Nouveau-Brunswick à l’égard de la violence conjugale que le gouvernement provincial a commandé de Harris Decima en 2009 étaient certes déprimants. Mais le pire aspect de ces résultats est que les attitudes s’étaient quelquefois détériorées depuis 2002, quand un sondage similaire avait eu lieu. L’idée de la première enquête avait été d’évaluer où il y avait problème, puis de mener une campagne de sensibilisation, avant de réévaluer les attitudes. Le Nouveau-Brunswick a abandonné pour une raison inconnue son idée de faire une campagne de sensibilisation, mais a refait le sondage quand même. En 2009, un homme sur trois était d’accord avec l’affirmation «La violence faite aux femmes arrive souvent parce que les femmes la cherchent vraiment en faisant des remarques et en critiquant leur partenaire», et presque autant de femmes et d’hommes pensaient que ce n’était pas un crime si le mari oblige sa conjointe à avoir des relations sexuelles avec lui.

Enfin, et voilà mon point principal, même les programmes créés pour nous donner des renseignements précieux sur le problème ne sont pas efficaces et personne ne le remarque. Après une décennie de pressions exercées par des groupes féministes, le Nouveau-Brunswick a créé un Comité provincial d’examen de la mortalité liée à la violence familiale, par l’intermédiaire du bureau du coroner, afin d’examiner ces décès et d’en tirer des leçons.

Que pourrions-nous faire différemment? De quoi l’agresseur ou la victime avait-il besoin pour éviter la tragédie éventuelle? Créé en 2009, le comité a publié une étude inadéquate en 2013, puis des rapports annuels qui ne nous disent rien. Le comité n’a jamais semblé accepter le rôle que jouent de tels comités dans certaines autres juridictions, où ils aident la communauté à comprendre et à sauver des vies. Au lieu de cela, le comité du Nouveau-Brunswick est bureaucratique et s’entoure de secrets.

La vérificatrice générale du Nouveau-Brunswick aurait peut-être intérêt à examiner les dépenses du gouvernement dans ce domaine, qui se font avec trop peu d’égard pour l’efficacité et l’amélioration.

Rosella Melanson
Fredericton