Une occasion à ne pas manquer

Monsieur le premier ministre Justin Trudeau. Le 7 décembre 2018, les premiers ministres et les dirigeants autochtones de ce pays se rencontreront à Montréal pour discuter d’enjeux d’importance nationale. Cette rencontre survient alors que le Canada français et l’Acadie vivent une série de perturbations engendrées par l’apparition d’une nouvelle droite populiste préconisant le recul du fait français au sein de notre fédération. En tant que président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), l’organisme porte-parole du peuple acadien sur le territoire néo-brunswickois, permettez-moi de vous avouer que ces récents développements me préoccupent énormément.

Les récentes manifestations en Ontario et ailleurs au pays démontrent que je ne suis pas le seul à craindre pour l’avenir du français au Canada. Samedi, des milliers de francophones d’un bout à l’autre du pays se sont levés debout pour dénoncer haut et fort ceux qui voudraient soustraire à nos communautés non seulement leurs institutions, mais également une part de leur dignité. D’ailleurs, sur la question des coupures en Ontario, la SANB a été très claire: les actions de M. Ford ne représentent ni plus ni moins qu’une tentative de désinstitutionnalisation de la francophonie ontarienne. Sans ses institutions, une communauté se voit grandement fragilisée. En 2018, à l’aube des 50 ans de la Loi sur les langues officielles, ces attaques envers nos communautés francophones sont tout simplement inacceptables.

Comme vous le savez bien, le Canada est une fédération de provinces, chacune avec ses spécificités et ses traits particuliers. Les liens qui nous unissent sont parfois difficiles à cerner et trop souvent fragiles. Cela dit, une des forces qui unit nos différentes régions a toujours été la présence de la langue française, et ce A Mari Usque Ad Mare. Cette langue qui nous unit fait en sorte que les affronts vécus en Ontario sont indissociables des luttes que nous vivons actuellement au Nouveau-Brunswick, en Acadie et en toute autre région où les forces du populisme voudraient voir reculer les acquis de nos communautés. Si l’on commence à tirer sur ce fil qui nous unit, il est impossible de prédire les conséquences qui pourraient s’en suivre.

Au cours des dernières années, votre gouvernement s’est montré un allié de la cause francophone et semble démontrer une réelle volonté politique d’appuyer nos communautés de langues officielles. Toutefois, en ces temps difficiles, le gouvernement fédéral doit en faire plus pour défendre nos communautés francophones. Cette semaine, vous avez une occasion en or pour réaffirmer l’importance du caractère bilingue de notre pays, ainsi que la dualité linguistique qui permet sa mise en œuvre. Vous aurez également l’occasion de démonter aux francophones partout au pays que le gouvernement fédéral est à l’écoute. Enfin, cette rencontre des premiers ministres représente une des dernières occasions de discuter du 50e anniversaire de la Loi sur les langues officielles avant son arrivée en 2019. De notre point de vue, il s’agit d’une occasion à ne pas manquer.

En solidarité avec tous les francophones de ce pays, je vous prie donc, monsieur le premier ministre, de faire des langues officielles un dossier prioritaire lors de votre rencontre des premiers ministres provinciaux cette semaine. Sinon, les actions de M. Ford risquent d’encourager ceux et celles qui souhaiteraient le recul de nos acquis ici au Nouveau-Brunswick et ailleurs dans la francophonie canadienne.

Robert Melanson, président
Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick