Pour des ambulanciers bilingues

Monsieur le Premier ministre Blaine Higgs. Le Richelieu International a pris connaissance de votre décision d’ordonner à Ambulance Nouveau-Brunswick d’éliminer l’exigence de bilinguisme lors de l’embauche d’ambulanciers. Votre ministre de la Santé a pris soin de préciser que cette décision n’était pas une question linguistique, mais de sécurité publique.Vos conseillers juridiques vous ont-ils mis en garde contre cette mesure qui va à l’encontre de la Charte canadienne des droits et libertés, de la Loi sur les langues officielles (LLO) et de la Loi reconnaissant l’égalité des deux communautés linguistiques officielles au Nouveau-Brunswick?

À l’aube de l’année où nous célébrerons le cinquantième anniversaire de la LLO, nous estimons que c’est un très mauvais signal envoyé à la communauté francophone. Vous ne pouvez sous-estimer son poids électoral, alors que votre gouvernement minoritaire n’a gagné le droit de diriger les affaires publiques de la province que grâce à une alliance à durée déterminée qui ne couvre même pas la moitié de votre mandat parlementaire.

De même que l’on reconnaît l’arbre à ses fruits, c’est sur ses résultats qu’un gouvernement est jugé par le peuple qui l’élit. Par conséquent, l’impact réel d’une telle décision qui est loin de faire l’unanimité sera forcément évalué dans les dix-huit prochains mois. Mieux vaudrait, dans ce cas, que ceux-ci n’établissent pas que votre stratégie était inopportune.

On ne peut pas soigner un rhume de cerveau en appliquant un pansement sur le nez. C’est pourquoi le remède que vous ordonnez à Ambulance NB pour résoudre les défis auxquels cet organisme est confronté ne peut être conçu que comme une mesure d’urgence pour le court terme.

La problématique du recrutement d’ambulanciers bilingues est interconnectée avec celle qui entoure la formation du personnel qui se destine à cette noble carrière. Donner des cours de français, en aval, à des ambulanciers unilingues anglophones est certes louable, mais mieux vaudrait former efficacement les étudiants en amont pour qu’ils soient parfaitement bilingues dans les deux langues officielles au moment de décrocher leur diplôme.

Quiconque soutiendrait que c’est impossible pourrait être accusé, à juste titre, de malhonnêteté intellectuelle. Il y a quelques mois, la presse s’est fait l’écho du parcours d’un réfugié syrien, arabophone d’origine, qui a appris en deux ans l’anglais et le français. Étudiant dans une école anglophone, il a appris le français tout seul grâce à des tutoriels en ligne. Il est inscrit depuis la rentrée scolaire à l’Université de Moncton afin de devenir médecin! Comme le dit l’adage populaire, quand on veut on peut.

Si vous décidez d’aller de l’avant avec cette décision, le Richelieu International vous suggère de prendre toutes les mesures adéquates pour assurer que les binômes d’ambulanciers seront parfaitement bilingues. Il suffit pour cela que sur les deux membres d’une équipe, un soit en mesure de s’exprimer en français. Ceci devrait vous permettre d’éviter qu’un patient, qui n’aurait pu être servi efficacement dans la langue de son choix, n’intente un procès à la province pour le cas où les choses tourneraient mal.

Le Richelieu International est d’avis qu’en votre qualité de premier ministre de la seule province canadienne officiellement bilingue, et à ce titre de ministre responsable des langues officielles, il s’agit là du choix le plus éclairé qui s’offre à vous pour éviter l’écueil de situations qui pourraient que porter préjudice à votre crédibilité.

Luc J Doucet, président (2017-2019)
Richelieu International