Les francophones n’ont rien à craindre?

En campagne électorale, Blaine Higgs et son équipe cherchaient toutes les occasions pour maintenir que les francophones n’auraient rien à craindre d’un gouvernement progressiste-conservateur. Ces affirmations étaient crédibles, vu la présence de plusieurs candidats solides dont l’attachement à la cause acadienne ne faisait aucun doute. Arrivent les élections et les résultats que l’on connaît. La situation est bien moins claire et pourtant, Blaine Higgs maintient que les francophones n’ont rien à craindre d’un gouvernement progressiste-conservateur que tient en place une prothèse allianciste.

Je suis de ceux qui veulent donner la chance au coureur, mais je commence à trouver que beaucoup de signes ne vont pas dans le bon sens. Le dernier est sans doute l’annonce très mal avisée du ministre «Ted» Flemming qui déclare que le gouvernement embauchera dorénavant des ambulanciers unilingues et qu’il continuera dans ce sens même si la Cour du Banc de la Reine devait rendre une décision défavorable dans la révision de la sentence McEvoy. Non, mais faut-il être avocat pour se demander ce qui ne va pas?

En même temps, Robert Gauvin, seul représentant acadien au cabinet et dans la députation progressiste-conservatrice, avale des couleuvres. N’a-t-il pas déclaré à plusieurs reprises qu’il ne laisserait pas le gouvernement piétiner les droits des francophones? Combien de temps encore Robert Gauvin pourra-t-il tenir, pourra-t-il prétendre qu’il défend les droits des francophones avant de perdre toute crédibilité aux yeux de ses commettants et des Acadiens?

Robert Gauvin n’a pas à se transformer en maître chanteur, mais il pourrait peut-être faire savoir à son chef, qui n’a pas l’air de le savoir, que la soupe s’en vient chaude. Il pourrait bien lui dire, en anglais: «Écoute Blaine, tu faisais de belles promesses en campagne et quand on a fait sauter les pieds de Brian Gallant. Les gens t’ont cru. Avais-tu l’intention de les rouler? Si c’est le cas, sache que tu me fais passer pour un bel imbécile et que je ne la trouve pas drôle. Crois-tu que tu serais capable de tenir parole? Si on continue comme ça, il n’y aura plus un mot à croire dans tout ce que tu as dit. Nous avons un capital politique, il y a du monde qui a cru que les progressistes-conservateurs gouverneraient autrement, ça vaut quoi, on en fait quoi? Moi, je ne pourrai plus continuer longtemps sans perdre la face. Ma face, j’y tiens. Admettons que je décide d’aller siéger à titre d’indépendant et que Daniel Guitard s’avise de démissionner de la présidence de l’Assemblée, tu te retrouves en minorité avec la prothèse allianciste. Est-ce que c’est ça que tu veux? Non. Est-ce qu’on est capable de gouverner comme du monde? Moi, je pensais que oui. Toi, qu’est-ce que t’en penses?»

Peut-être faudrait-il donner un électrochoc du genre à ce gouvernement pour qu’il se mette les yeux vis-à-vis des trous, qu’il commence à travailler avec bon sens et qu’il arrête de prendre des décisions épaisses.

Alain Otis
Dieppe