La langue et le service ambulancier

Le débat actuel sur le service ambulancier de notre province doit être considéré de plein front, mais en tenant compte de données ou de faits véridiques.

Du côté scientifique, les recherches démontrent l’importance de la communication pour le patient. Se faire comprendre et être compris par les intervenants en santé est primordial. Avoir de la difficulté à se faire servir dans notre langue est déjà frustrant lorsque nous magasinons, mais ça ne peut pas arriver dans des situations d’urgence lorsque notre vie ou notre santé sont en péril.

Si l’on regarde l’aspect juridique du dossier, nous devons constater que le «client» a le droit fondamental au N.-B. d’être servi dans la langue de son choix. Ce droit est clairement établi dans l’article 16.1 de la Charte canadienne des droits et libertés et dans la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick (LLO-NB). De plus, la Cour a reconnu dans l’affaire Sonier l’obligation d’Ambulance NB de respecter les droits linguistiques et les obligations prévus dans la loi.

Il faut aussi ajouter que le responsable du respect de la LLO-NB est le premier ministre comme prévu à l’article 2 de la loi. À ce jour, Blaine Higgs est le responsable de son application puisqu’il n’a pas fait comme son prédécesseur, Brian Gallant, déléguer sa responsabilité à un autre ministre.

Nier qu’il doit y avoir en tout temps un intervenant bilingue dans chaque ambulance, c’est renier le droit des francophones d’être servis dans leur langue comme c’est renier le droit des anglophones d’être servis dans leur langue. Un droit ne peut pas être conditionnel à un facteur économique ou autre sinon ce n’est plus un droit!

Ce qui est le plus inquiétant dans le débat actuel est que le gouvernement Higgs-Austin justifie son non-respect possible des droits linguistiques en nous disant qu’il ne peut pas tolérer que des ambulances soient immobilisées, faute de personnel. Est-ce véritablement la situation? C’est ce que le politique nous dit, mais est-ce exact?

Ambulance NB a confirmé dernièrement qu’aucune ambulance n’a été immobilisée faute de personnel bilingue. Qui gère le service ambulancier? Ambulance NB ou le bureau du premier ministre?

Pourquoi tente-t-on de nous faire croire que le problème ce sont les obligations linguistiques? Est-ce possible que les conditions de travail, les conditions salariales ou encore la reconnaissance professionnelle soient les véritables causes de la pénurie de personnel?

Même le commissaire aux langues officielles du N.-B. remet en question les déclarations de nos politiciens. Le commissaire Carrier, agent indépendant de l’Assemblée législative tout comme la vérificatrice générale, déclarait le 20 décembre dernier ce qui suit: «À notre connaissance, Ambulance Nouveau-Brunswick n’a jamais retiré des ambulances de la circulation en raison du fait que des ambulanciers étaient unilingues. Par ailleurs, nous savons tous que d’autres régions du pays ont des défis en matière de recrutement et de rétention de travailleurs paramédicaux. Et nous savons tous que les salaires et les conditions de travail jouent un rôle clef dans le recrutement et la rétention d’employés.»

Nous avons aussi eu plusieurs reportages, provenant de plusieurs provinces, sur des employés paramédicaux dénonçant leurs conditions de travail qui nous portent à croire que le véritable problème en est un d’un tout autre ordre que celui des obligations linguistiques. Il s’agirait plutôt de reconnaissance professionnelle, de situations de stress, de conditions salariales. D’ailleurs, la pénurie de travailleurs paramédicaux n’est pas un cas unique au Nouveau-Brunswick.

Personnellement, je constate que plusieurs politiciens utilisent la pénurie de travailleurs paramédicaux comme capital politique pour créer une « zizanie linguistique » dans notre province. Je déplore aussi le fait qu’Ambulance NB ne fournisse pas sur son site les données exactes sur ce dossier et qu’aucune déclaration officielle ne se retrouve sur ce site.

Il faut se souvenir que, depuis sa création sous le ministre Murphy en 2007, notre service ambulancier provincial était sous la responsabilité d’une corporation Ambulance NB inc. et, que depuis la fin de 2017, il est sous la responsabilité de EM/ANB inc. De plus, il faut noter que le Conseil d’administration de ces deux corporations était et est formé de fonctionnaires nommés par le ministre de la Santé. Ces deux conseils d’administration ont donné la gestion du service ambulancier à Medavie, entreprise privée.

Il faudrait se questionner pour déterminer si la cause des problèmes actuels ne serait pas cette structure et ce gestionnaire privé qui ont eu plus de dix ans pour mettre en place un service ambulancier efficace et respectueux des droits linguistiques des deux communautés.

Attribuer la pénurie d’ambulanciers aux droits linguistiques n’est ni plus ni moins que diffuser des fausses nouvelles (fake news). Je souhaite que non, comme je souhaite que nous ne sommes pas rendus à enlever des droits à une communauté linguistique pour se faire réélire.

Jacques Verge
Dieppe