Denise Bombardier et Jean Chrétien, tout le monde en a parlé

Denise Bombardier et Jean Chrétien, assis côte à côte à l’émission Tout le monde en parle, voilà plus qu’il n’en fallait pour déclencher des étincelles. La première, ancienne animatrice à Radio-Canada et sympathisante au mouvement indépendantiste, venait faire la promotion de ses mémoires Une vie sans peur et sans regret. L’autre, ancien premier ministre du Canada, lançait Mes histoires, une série de récits qui se sont passés au cours de ses 50 ans de vie politique et écrits à l’intention de sa famille et de ses amis.

Les propos qu’ils ont tenus sur la présence d’un Québec français en Amérique du Nord et des francophones à l’extérieur du Québec ont créé la controverse partout au pays au point où on s’est demandé s’il s’agissait «d’insulte, de mépris ou d’ignorance». Parlons peut-être d’un manque de jugement de la part de Denise Bombardier. Ce ne serait pas le premier.

Jean Chrétien venait de dire que, si au cours de l’histoire, le Canada avait été annexé aux États-Unis, le Québec, comme la Louisiane, aurait été assimilé et anglicisé, et que c’était grâce à la présence du Canada que le Québec avait gardé la langue française. «Si on a gardé notre langue, c’est parce que nous, Canadiens-français de l’époque, on a décidé de rester avec la Couronne britannique, qui nous offrait de meilleures garanties du point de vue de notre langue et de notre culture.»

Et, Chrétien de continuer: «Les Français (sic) du nord des États-Unis sont disparus, mais nous, on ne va pas mal. On va très bien. Si on avait pris la décision de quitter le Canada, on aurait perdu notre langue. Et, on l’a gardée.»

Denise Bombardier qui ne souriait ni à l’humour de Jean Chrétien ni à ses propos, a explosé. Et, c’est là qu’elle a déclenché la polémique relative aux communautés francophones à travers le pays.: «On ne peut pas dire ça, M. Chrétien. À peu près toutes les communautés francophones ont disparu au Canada. C’est le nationalisme québécois qui a été le vecteur pour permettre aux Français (sic) d’exister et de persister.»

Comme journaliste, Denise Bombardier a été témoin de la vivacité de certaines communautés francophones à travers le pays et des nombreux efforts que celles-ci doivent déployer tous les jours pour assurer leur survie. Elle est venue en Acadie à quelques reprises soit pour des entrevues, soit pour des présentations lors de salons de livres. On se rappellera l’entrevue qu’elle a réalisée avec Yvon Ouellette, ancien directeur général d’un district scolaire 13, relativement à la scission du district scolaire bilingue voisin et la lutte épique que les Acadiens ont dû mener pour obtenir la gestion de leurs écoles. Quelques années passées, Mme Bombardier était venue au salon du livre de Dieppe faire la promotion de ses bouquins.

Si elle avait plutôt fait appel à la compréhension et à la compassion et avait invité les gouvernements fédéral et provinciaux à redoubler d’efforts pour venir en appui aux minorités francophones à travers le pays, le taux de colère aurait été moins élevé.

Vivre au sein des collectivités francophones à travers le pays est une lutte de tous les instants. Rappelons la bataille des Franco-Ontariens pour le maintien de l’hôpital Montfort. Regardons l’incompréhension et le mépris d’un Doug Ford qui a signé l’arrêt de mort de l’université de l’Ontario francophone et du Commissariat aux services en français. Le Canada n’est pas sans ses Trump.

L’arrivée de Blaine Higgs à la tête du gouvernement du Nouveau-Brunswick n’a rien de rassurant non plus. Couché dans le même lit que les alliancistes, il bafoue les droits des francophones en s’attaquant au bilinguisme d’Ambulance NB. Un de ses ministres croit même qu’il est au-dessus de la loi. Selon Higgs, sécurité et langue ne peuvent faire bon ménage.

Dans cette ère Trump, ce qu’il faut à la francophonie, ce sont des élans de solidarité, de compréhension et de ressources pour que continue la lutte pour la préservation des acquis et pour les sempiternels recours aux tribunaux lorsque les circonstances l’exigent. Plus les minorités au pays seront fortes, plus le Québec le sera et la francophonie ne s’en portera que mieux.

Méfions-nous de tous ces populismes qui nous envahissent et soyons aux aguets de cette masse d’information qui circule dans les réseaux sociaux et qui, pour une bonne part, n’est jamais vérifiée.

Hector J. Cormier
Moncton