Un appel à l’action des anglophones au sujet des droits linguistiques

NDLR: Ce texte a été publié en anglais le 1er janvier 2019 sur le site web de NB Media Co-op. Nous le reproduisons avec l’autorisation des auteurs.

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En 2019, le Nouveau-Brunswick célèbre son cinquantenaire en tant que seule province officiellement bilingue du Canada. L’égalité des deux groupes linguistiques est protégée dans la Charte canadienne des droits et libertés. La constitution du Canada stipule que le français et l’anglais sont les langues officielles du Nouveau-Brunswick et qu’elles ont un statut et des droits et privilèges égaux quant à leur usage dans les institutions de la Législature et du gouvernement du Nouveau-Brunswick.

Les Néo-Brunswickois et Néo-Brunswickoises ont récemment élu à l’Assemblée législative l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick (AGNB), un parti qui a fait campagne pour l’abolition du Commissariat aux langues officielles et la réduction des exigences en matière de langue seconde pour certains emplois de la fonction publique. De concert avec le gouvernement du Parti conservateur, le petit parti est déjà en train de tenter d’apporter ces changements.

La seule manière de réduire le droit à des services dans les deux langues officielles au Nouveau-Brunswick est de modifier la constitution. Cela demande l’approbation de l’Assemblée législative au Nouveau-Brunswick et l’approbation du Sénat et de la Chambre des communes à Ottawa. Tout parti politique qui songe sérieusement à modifier la constitution aura à formuler des arguments convaincants, tant en anglais qu’en français, pour séduire l’esprit et le cœur des Canadiennes et des Canadiens.

L’Alliance des gens n’est pas attrayante pour la majorité, car on ne peut formuler d’arguments convaincants pour expliquer pourquoi les citoyens francophones et anglophones ne devraient pas avoir des droits égaux. Le message de l’AGNB vise plutôt un auditoire beaucoup plus restreint d’anglophones.

Ambulance NB a déclaré à de nombreuses reprises que la pénurie d’employés paramédicaux n’est pas liée aux exigences linguistiques. En propageant la désinformation que la pénurie est due aux exigences en matière de bilinguisme, l’AGNB provoque des sentiments anti-francophones dans l’espoir de gains politiques. Les tactiques du «vieux» Parti Confederation of Regions servent encore à leurs fins.

Le défi des droits linguistiques dépasse les seuls électeurs de l’AGNB. Avant les élections, un sondage de la boussole électorale de la CBC auprès de 10 700 personnes du Nouveau-Brunswick a révélé que 78% de celles qui votent pour l’AGNB étaient fortement d’accord avec l’abolition du Commissariat aux langues officielles. Cependant, si on calcule le nombre de personnes qui ont réellement voté pour les divers partis lors des dernières élections à la lumière des résultats du sondage, des partisans du Parti progressiste-conservateur étaient fortement d’accord, comme l’étaient une minorité de partisans des partis libéral, vert et néo-démocrate.

Depuis la mise en œuvre de la Loi sur les langues officielles, les personnes qui n’ont pas de compétences adéquates dans une seconde langue ont de la difficulté à obtenir dans la fonction publique des emplois qui demandent ces compétences. Au Nouveau-Brunswick, trois francophones sur quatre sont bilingues, mais seulement un anglophone sur six l’est.

Dans le cas des anglophones et des francophones qui sont bilingues, la communication dans une langue seconde est une compétence qu’ils ont acquise par leurs efforts. Si un emploi de la fonction publique demande des habiletés dans une langue seconde et que le candidat ou la candidate ne les possède pas, il n’est pas compétent pour l’emploi. Puis, quand ils ratent l’occasion d’obtenir un emploi désigné bilingue au gouvernement, parce qu’ils ne sont pas bilingues, certains anglophones font des pressions pour rendre ces emplois unilingues anglais, plutôt que de faire des efforts pour obtenir une meilleure formation en français.

Si on en juge selon les résultats de tests standards des élèves dont on a rendu compte récemment, nous pouvons inférer que la norme générale de l’enseignement au Nouveau-Brunswick aurait besoin d’améliorations considérables. Des conversations informelles nous ont donné des exemples de diplômés du programme d’immersion en français au Nouveau-Brunswick incapables d’acquérir les habiletés nécessaires dans cette langue pour travailler au gouvernement.

L’apprentissage d’une nouvelle langue demande d’énormes efforts. Il ne s’agit pas d’une activité qui se pratique mollement. Cela demande un investissement corporel et émotionnel. La bouche, la gorge, les lèvres et même le corps en entier doivent effectuer un ensemble de mouvements différents. En raison d’un piètre enseignement, certains anglophones n’en sont pas conscients ou sont trop gênés ou embarrassés pour faire les efforts nécessaires.

Il y a d’autres raisons qui expliquent que certains anglophones font des pressions pour la réduction des exigences en matière de langue seconde pour les emplois au gouvernement. On assiste à la résurgence d’anciennes animosités remontant à longtemps avant le parti Confederation of Regions de 1991-1995. La culture angloloyaliste du Nouveau-Brunswick était à l’origine un grand vol privilégié de terres, qui ont été dérobées tant aux autochtones qu’aux francophones. Intrinsèquement, dans cet acte de pillage, il y avait une présomption de supériorité, un sentiment de droit incontestable. Malgré le passage des siècles, certains anglophones de cette lignée cultivent un ressentiment d’avoir à apprendre une langue et à se familiariser avec une culture pour laquelle ils n’ont aucune sympathie et face à laquelle ils se sentent supérieurs.

Quelles qu’en soient les raisons, après 50 ans de la Loi sur les langues officielles, la plupart des anglophones du Nouveau-Brunswick n’ont pas appris le français. Au moins, quelques-uns – ceux qui veulent obtenir des emplois qui demandent des habiletés dans une deuxième langue – auront à être persuadés de changer d’idée. Ils devront trouver un moyen de se motiver et de dépasser la gêne, l’embarras, les ressentiments, un sentiment de droit acquis ou d’inconfort physique, et se concentrer sur ce qu’ils peuvent changer en réalité pour eux-mêmes et pour les générations à venir. Plutôt que de préconiser la réduction des droits linguistiques – que, d’accord ou pas, les tribunaux ne permettront pas –, ils devront combattre plus ardemment pour un meilleur accès à une formation en langue française de meilleure qualité et pour trouver de nouvelles manières d’offrir la formation qui fonctionnera pour eux.

Nos députés provinciaux doivent faire preuve de leadership, en commençant par apaiser le soi-disant débat au sujet du bilinguisme. Notre gouvernement a le devoir de s’engager clairement et fermement face au Commissariat aux langues officielles, au bilinguisme et à tous ses citoyens pour aider les citoyennes et citoyens du Nouveau-Brunswick à comprendre nos droits et nos responsabilités en vertu de la Charte canadienne des droits et libertés. Et, encore plus important, notre gouvernement doit insister sur la richesse de la vie et de la culture qu’apporte le fait d’habiter dans une province bilingue.

Pour avancer, nos leaders politiques doivent interpeller le gouvernement fédéral pour une mission visant à améliorer les compétences en langue seconde au Nouveau-Brunswick, avec une visée particulière sur les collectivités rurales. Avec une vision et une volonté politiques, nous pourrions créer un grand projet social et culturel où anglophones et francophones collaboreront pour notre avenir collectif. Au Canada, le Nouveau-Brunswick peut devenir l’exemple d’une province bilingue où les personnes qui souhaitent apprendre une langue seconde le peuvent.

Sortons la formation linguistique des établissements urbains pour les emmener dans des collectivités rurales, en soutenant les écoles de langues locales et les occasions d’immersion dirigées par des groupes communautaires et des entrepreneurs locaux. Nous appuyant sur notre amour commun de la nature, nous pourrions soutenir la formation linguistique et des occasions d’échange culturel sous la forme de projets pour le développement communautaire rural: projets de création de petites fermes, de production d’énergie renouvelable locale, de sécurité alimentaire, de foresterie communautaire et d’activités d’atténuation du changement climatique le long de nos cours d’eau et de nos littoraux.

Il y a des modèles qui existent. En Europe, la Finlande est aussi bilingue selon la constitution. La Belgique et le Luxembourg ont trois langues officielles. La Suisse et les Pays-Bas en ont quatre. Il y a dans d’autres endroits de bonnes pratiques d’apprentissage et d’enseignement d’une langue seconde dans des collectivités rurales que l’on pourrait mettre en œuvre au Nouveau-Brunswick.

Enfin, en ce Nouvel An, nous célébrons le 50e anniversaire de la Loi sur les langues officielles. Agissons solidairement avec nos concitoyens acadiens et francophones. Nous en appelons à tous les anglophones de se manifester pour défendre les droits constitutionnels des Acadiens et des francophones.

Pour toute personne qui respecte la primauté du droit, il devrait être inacceptable que les droits des Acadiens et des francophones du Nouveau-Brunswick soient menacés par notre propre gouvernement.

Gerry McAlister
Susan O’Donnell