Apprendre les compétences de base de la vie adulte

En voyant récemment une vidéo sur Facebook qui parlait des «basic life skills» ou du «adulting» comme on entend si souvent ces dernières années, cela m’a donné l’envie d’écrire un texte dans le but de mieux informer les gens au sujet de ma profession, l’économie familiale – les études familiales.

Les «basic life skills» ou le «adulting» comme on dit aujourd’hui relève en réalité des concepts d’économie familiale qui sont enseignés depuis plusieurs décennies. Il ne s’agit donc pas d’une nouvelle idée ou d’une nouvelle mode contrairement à ce que semblent démontrer certaines vidéos. Ce sont, en somme, des cours d’économie familiale que nos grands-parents et parents devaient suivre à l’école. Ils étaient au début destinés aux filles, tandis que les garçons se concentraient sur les cours de métiers. Il y avait des cours de cuisine, de gestion des ressources familiales, de littératie financière, de couture, de logement et plus encore, lesquels étaient enseignés par des enseignantes formées en études familiales. Plus tard, tous les élèves de la province en 8e et 9e étudiaient principalement l’alimentation-nutrition, la sexualité, le soin des enfants, ainsi que des principes de base de couture.

Malheureusement, le système scolaire a remplacé ces cours pratiques par d’autres cours plus théoriques il y a déjà de nombreuses années et maintenant on peut constater les impacts chez les jeunes. Selon moi, ce n’est pas normal que les jeunes dépensent plus d’argent au restaurant qu’à l’épicerie; ce n’est pas normal non plus qu’ils ne sachent pas comment faire un budget pour mieux gérer leur argent; ce n’est pas normal également que les jeunes jettent un morceau de linge au lieu de recoudre un bouton. C’est pourquoi les cours en économie familiale doivent faire partie des curriculums de formation de toutes les écoles du Nouveau-Brunswick et ils doivent obligatoirement être enseignés par des enseignants qui sont formés dans ce domaine. Il s’agit ici que du simple bon sens!

Même la Société médicale du Nouveau-Brunswick affirme qu’il faut réinstaurer les cours d’alimentation et nutrition, dans les écoles. Si, avec son plan de 10 ans, notre gouvernement veut réellement «donner à nos enfants une longueur d’avance», il faut ajouter les cours d’économie familiale au régime pédagogique de tous les élèves au même titre que les mathématiques, les sciences ou les langues, etc. Toujours, «pour donner à nos enfants une longueur d’avance’», les administrateurs ou administratrices scolaires ont la responsabilité de s’assurer que toutes les matières scolaires soient enseignées par des enseignantes ou enseignants qui ont la formation dans le champ d’études en question selon les cours qu’on leur demande d’enseigner.

Les cours obligatoires, tout comme les cours à option en mieux-être tels: formation personnelle et sociale, alimentation et nutrition, développement humain, développement de l’enfant, relations familiales, textiles et habillement, logement, éducation du consommateur ou autres titres semblables relèvent d’une formation universitaire en études familiales. Encore une fois, il est essentiel que ces cours soient enseignés par des professionnels qui ont cette formation.

En dépit des besoins criants dans le domaine des études familiales, malheureusement, à l’Université de Moncton, on a proposé la possibilité d’abolir différents programmes à cause du nombre limité d’inscription, dont ceux en études familiales. Au contraire, ne faudrait-il pas investir davantage dans ces programmes universitaires qui nous semblent essentiels et qui répondent aux besoins de base des familles et des individus dans notre société? Pourquoi omettre la chance à nos francophones d’être formés dans ce domaine social pour pratiquer une profession, l’économie familiale, laquelle peut aider à prévenir certains problèmes sociaux? Il est essentiel de reconnaître chaque profession pour ce qu’elle peut apporter à la communauté afin de mieux tirer profit de nos finances publiques.

Récemment, j’ai vu une statistique alarmante qui affirme que plus d’un enfant sur cinq vit dans la pauvreté au Nouveau-Brunswick. Plusieurs professions, dont celle de l’économie familiale, peuvent contribuer à la réduction de la pauvreté. Les économistes familiaux sont capables d’aider les gens de diverses façons directement en lien avec les situations de pauvreté. Ces professionnels peuvent notamment aider les individus et les familles à faire un budget, leur apprendre les connaissances de base en matière de finances personnelles en commençant par prévoir comment se nourrir, se vêtir et se loger selon leurs ressources, en plus d’aider les parents avec leurs habiletés parentales. Si les économistes familiaux ne sont pas embauchés pour enseigner dans les écoles ou ne font pas partie d’une équipe interdisciplinaire, à mon avis, il sera plus difficile de réduire le taux de pauvreté des familles et individus au Nouveau-Brunswick. Dans le but de faire des économies, nos dirigeants embauchent des professionnels peu qualifiés pour tenter de solutionner les problèmes sociaux qui, en fin de compte, coûtent de plus en plus cher. Le gouvernement doit contribuer à réduire le taux de pauvreté au Nouveau-Brunswick, qui ne cessera d’augmenter si on n’agit pas maintenant.

En juin 2018, l’Association du Nouveau-Brunswick pour l’économie familiale a célébré son 100e anniversaire en soulignant leurs nombreuses réussites lors d’une conférence annuelle qui s’est tenue à Moncton. Pendant ce congrès, j’ai eu la chance de faire du bénévolat ce qui m’a permis d’en apprendre davantage sur la profession de l’économie familiale et de toute son importance. J’ai rencontré des personnes incroyables qui font bouger les choses au Nouveau-Brunswick, et ce, depuis longtemps. Maintenant, c’est à nous, les jeunes économistes familiaux, de nous impliquer au niveau de notre association professionnelle dans le but de la faire reconnaître. Or, pour y arriver, nous devons continuer d’offrir la formation en études familiales à l’U de M. Le potentiel et l’importance de cette profession doit être reconnue par les instances gouvernementales, les institutions postsecondaires ainsi que par la population en général.

Mon seul but en écrivant ce texte est de faire reconnaître la profession d’économie familiale dont je suis tellement passionnée. Je suis extrêmement déçue quand j’entends la question, «les études familiales, c’est quoi ça?» et croyez-moi, je l’ai entendu au moins 100 fois durant mes études à l’Université de Moncton et je crains que je puisse encore l’entendre. Malgré tout, j’ai décidé d’arrêter d’émettre un gros soupir quand j’entendrai la question et je vais continuer d’expliquer aux gens ce que c’est. Alors, si au moins, j’ai pu éduquer une personne avec ce message, j’en suis satisfaite.

Martine McIntyre, EFI
Éducatrice de la famille et de la petite enfance
Secrétaire du conseil d’administration de l’Association du N.-B. pour l’économie familiale

En collaboration avec
Julie Caissie
Professeure adjointe en études familiales et présidente de l’ANBEF