Trump diabolise la presse et fragilise la démocratie

Tout au long de la campagne présidentielle américaine, Donald Trump s’est fait un malin plaisir d’attaquer la presse en la caractérisant «d’ennemi». Il faut entendre par là celle qui ose le critiquer et qui ose le présenter sous son vrai jour. Il ne s’est jamais gêné de dénigrer publiquement CNN, MSNBC, le Washington Post et le New York Times, entre autres.

Ils ne sont pas que ses ennemis à lui, ils sont «l’ennemi du peuple américain». Il l’a répété tant et plus lors de ses ralliements politiques au point de provoquer la colère chez un nombre de ses partisans. Hitler et Stalin en ont fait autant et avec le résultat qu’on connaît! Tant et aussi longtemps que les institutions américaines sauront résister et se montrer à la hauteur, Trump sera restreint dans sa folie.

Tenir de tels propos ne peut que susciter des conséquences néfastes pour les droits et libertés. Plus il convainc de gens à de tels énoncés, plus il fragilise la démocratie. Non seulement est-il virulent envers la presse, il se permet d’attaquer personnellement un nombre de journalistes au point où certains ont craint de couvrir les événements de sa campagne. Il aurait fallu savoir l’encenser jusque dans ses pires bassesses et croire en un discours qui a pu sembler parfois rassurant: des promesses qu’il savait ne pas pouvoir tenir telle la construction d’un «extraordinaire» mur en béton à la frontière sud et dont les Mexicains allaient défrayer les coûts.

S’il est vrai que la presse est l’œil de la démocratie, il faut, à des leaders autoritaires, qui baignent dans la corruption, lui crever les yeux. Cela importe si on veut empêcher les gens de voir la réalité de face. Il faut plutôt les garder dans l’ignorance. Trump se fout de la démocratie et tente de diaboliser la presse. Plus il convaincra sa base de ce qu’elle est un organe de nouvelles erronées «fake news», moins celle-ci voudra lui faire confiance. Et, ainsi, la corruption pourra continuer son bonhomme de chemin.

C’est cet état de choses que connaît la Russie. Elle a pu respirer un tant soit peu sous Gorbachev, mais la population, ayant été trop crédule, a connu un recul important en faisant confiance à un Vladimir Poutine aux leviers de commande. Faut-il s’étonner que Trump ait une telle admiration pour ces hommes « forts » du monde politique? Rappelons les sommets et ses liens avec Xi Jinping de la Chine et Kim Jong-un de la Corée du Nord.

La coutume veut que la première visite d’un nouveau président américain se fasse à son voisin du nord. Trump a plutôt préféré entrer en guerre avec les Canadiens comme il l’a fait avec tous les alliés des États-Unis et les grandes institutions internationales. Il se plaît à dire que l’OTAN, qui a pour mission d’assurer la sécurité et la défense des pays-membres, est dépassée. Poutine s’en réjouit, lui qui ne demande rien de mieux que de voir se créer d’importantes fissures dans la structure d’un organisme qui le tient sous contrôle.

Trump se présente comme le pur, le sauveur que le peuple attend depuis toujours. Celui qui va redonner espoir et grandeur à la nation. Celui qui va rendre à la classe moyenne sa juste place. Celui qui va assécher le marais washingtonien. Sera-t-il aussi le premier président américain à avoir été accusé d’être un agent de la Russie? C’est ce que laisse entendre le New York Times. Le FBI aurait-il procédé à une enquête de cet ordre? La question est posée. C’est du jamais vu dans l’histoire présidentielle américaine. Cela constituera-t-il la grande révélation du procureur Mueller?

Donald Trump est un être déséquilibré et dangereux. Il divise la nation américaine comme ça ne s’est jamais vu. Il jette le discrédit sur ces institutions qui ont pour rôle de protéger les citoyens, dont le FBI et le ministère de la Justice. S’il fallait, un jour, qu’elles s’aventurent jusqu’à la racine du mal – entendre par là corruption – et qu’il faille qu’il soit au cœur de cette gangrène généralisée. S’il fallait que sa popularité connaisse d’autres chutes dans les sondages. S’il fallait que les républicains à la Chambre et au Sénat l’abandonnent. La Maison-Blanche pourrait devenir un isolement pénible à moins que les différentes instances politiques ne l’aient destitué.

Hector J. Cormier
Moncton