Jeux de la Francophonie: un lamentable gâchis!

Aux dernières nouvelles, les Jeux de la Francophonie de 2021 n’auront pas lieu au Nouveau-Brunswick à moins d’un revirement radical du gouvernement fédéral. À qui la faute? Il faut remonter en 2015 pour essayer de faire la vérité dans ce dossier.

En effet, c’est le premier ministre du Nouveau-Brunswick qui a préparé et déposé, au nom de la province, la candidature des villes de Moncton et Dieppe au coût de 17,5 millions $, estimation qui reposait sur le budget conventionnel prescrit par le comité de l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie). Il y avait deux autres candidatures, soit celle de la Guadeloupe et de la ville de Sherbrooke qui, elle, avait soumissionné au coût de 52 millions $. Face à la soumission du Nouveau-Brunswick, les deux autres candidates se sont retirées, avec raison, n’ayant aucune chance d’être retenues en ayant des soumissions nettement plus élevées que celle du N.-B.

Au départ, c’est Brian Gallant qui a mal géré ce dossier et comme le dit Roger Ouellette dans l’Acadie Nouvelle du 23 janvier: «C’est le gouvernement de Brian Gallant qui a décidé de lancer la province dans cette aventure. C’est Brian Gallant qui a veillé à la nomination d’amis au comité de candidature des jeux. C’est Brian Gallant qui, comme premier ministre, a posé la candidature officielle de la province pour l’obtention des jeux».

Recommandé par le Conseil d’orientation du Comité international des Jeux de la Francophonie (CIJF), le Canada Nouveau-Brunswick a été désigné par les représentants des 80 États et gouvernements de la Francophonie en avril 2016. Que s’est-il passé entre cette date et décembre 2018? A-t-on entendu parler du dépassement astronomique du coût initial? La réponse est évidente, car le pot aux roses n’est apparu qu’en décembre 2018 après le changement de gouvernement et que Blaine Higgs soit devenu notre premier ministre.

Dans sa chronique du 23 janvier, Rino Morin Rossignol, avec son humour et le verbe qui le caractérisent, émet une hypothèse (au sujet de ces Jeux) comme suit: «Entrons dans les coulisses imaginaires du pouvoir. On peut facilement penser que le Gallant gouvernement croyait qu’il remporterait la victoire aux élections de septembre dernier (son taux d’appui populaire le prouve), et que ce dossier incomplet serait rafistolé à Ottawa, grâce au ministre Dominic LeBlanc et au premier ministre Trudeau, tuteurs fédéraux de l’Acadie, afin de bonifier le budget sans faire de vague pancanadienne. Et quel beau “cadeau” à faire aux Acadiens en cette année 2019 électoral!». Sachant que Rino Morin Rossignol a été, dans une autre vie, très proche du pouvoir au N.-B. et qu’il connaît très bien tous les rouages de ce pouvoir, on peut facilement déduire que son «imaginaire» est très près de la réalité.

Certains reprochent à Blaine Higgs de ne pas en avoir assez fait dans ce dossier, d’autres associent sa décision à une question linguistique, allant jusqu’à dire que s’il avait été question des Jeux du Commonwealth, il aurait agi autrement et trouvé les fonds nécessaires, d’autres l’accusent de mauvaise foi, etc. Selon moi, Blaine Higgs a été depuis le début de cette saga constant dans sa démarche, il dit vouloir respecter l’engagement initial de Brian Gallant, soit d’y mettre 10 millions $. Il n’a jamais dit qu’il ne voulait pas de ces Jeux de la Francophonie, mais que, vu le dépassement énorme des coûts, de 17,5 à 130 millions $, c’était au gouvernement fédéral d’assumer cette différence. Il faut aussi signaler aussi que les municipalités de Moncton et Dieppe ne sont pas prêtes à augmenter ce à quoi elles s’étaient engagées, soit le montant de 750 000$ chacune. Étant donné la situation financière du N.-B., il faut reconnaître qu’une différence de 30 ou 40 millions $ n’a pas le même impact au niveau fédéral que provincial. Affirmer le contraire serait soit de l’ignorance, soit de la mauvaise foi.

Quand on apprend aujourd’hui que le gouvernement fédéral a payé le pipeline de Kinder Morgan 4,5 milliards $ et qu’il aurait pu l’avoir à 3,6 milliards $, il y a de sérieuses questions à se poser comme contribuables de sa volonté de tenir les Jeux de la Francophonie au N.-B. en ne voulant pas injecter plus de 50% du coût des Jeux. Il y a certainement quelques argents à trouver dans des fonds de tiroirs au ministère de la Culture ou ailleurs, car, ne l’oublions pas, ces jeux de la Francophonie ont été attribués à Canada Nouveau-Brunswick Moncton-Dieppe, la réputation du pays est, elle aussi, en jeu!

Et que penser de la position de la ville de Sherbrooke, aujourd’hui, dans cette histoire. L’ancienne ministre de la Francophonie sous le gouvernement libéral du Québec, Christine St-Pierre, avait mené cette délégation dans la présentation de sa candidature. Elle souligne que le dossier présenté était très étoffé et solide. Le budget s’élevait à 52 millions $, dont 17 millions $ du gouvernement fédéral et 17 millions $ de Québec.

La ministre déléguée à l’Éducation et députée de Brome-Missisquoi, Isabelle Charest, ne commentera pas le dossier. À son bureau, on explique qu’il y a trop de facteurs à considérer avant de se prononcer. Par exemple, on ne sait pas encore si une ville du Québec va se manifester et on ignore si les coûts évalués à 52 millions $ à Sherbrooke en 2015 sont toujours les mêmes.

Et que penser aussi de ce conseil d’administration du CNJF, composé de 11 membres bénévoles (cinq représentants nommés par le gouvernement du Nouveau-Brunswick, quatre représentants nommés par le gouvernement du Canada et un membre pour représenter chacune des villes de Moncton et Dieppe), qui a fait passer les coûts de 17,5 à 130, puis à 105 et à 85, pour arriver au chiffre de 62 millions $!

Tout cela, ajouté à la façon dont Brian Gallant et son gouvernement ont géré ce dossier en catimini pendant plus de deux ans me fait penser à une démarche digne d’une république de banane!

Claude Soriano
Dieppe