Les propositions de Blaine Higgs ne réduiront pas la pauvreté

Dans son discours sur l’état de la province, le premier ministre Blaine Higgs a repris le thème de l’assistance sociale qu’il avait déjà mentionné brièvement dans sa plateforme électorale et dans son discours du trône. Avec ce discours, nous commençons à mieux comprendre ses intentions.

Dans ce discours sur l’état de la province, M. Higgs revient sur la nécessité de réformer l’aide sociale, mais sans mention du plan de réduction de la pauvreté qui était pourtant présent lors de son discours du trône. Il se préoccupe plutôt du manque de main-d’œuvre dans certains secteurs de l’économie. Il n’y a aucune mention de faciliter l’accès à la formation pour les personnes sur l’assistance sociale tel que mentionné dans la plateforme électorale. Il n’y a aucune référence quant au lancement d’une discussion sur les modèles pouvant fournir davantage d’aide à court terme aux récents bénéficiaires de l’aide sociale comme mentionné dans le discours du trône. Pour Blaine Higgs, il faut trouver les moyens pour que les bénéficiaires de l’aide sociale retournent au travail. Pour ce faire, son gouvernement compte aider ceux-ci en s’occupant du transport, de la garderie et même du logement.

Tout d’abord, il est certain que nous ne sommes pas contre le fait que le gouvernement doive aider les citoyens qui sont sur l’aide sociale à se trouver un emploi. Il le fait déjà par l’entremise de différents programmes d’éducation, de réinsertion au travail, de garder la carte médicale pour trois ans, d’aider avec les coûts de garderie et de logement, etc. Si M. Higgs désire ces programmes bonifiés, cela ne peut être que positif.

M. Higgs semble croire que l’acquisition d’un emploi permet automatiquement à un individu de sortir de la pauvreté. Ce n’est pas nécessairement le cas. En effet, si un individu a un emploi bien rémunéré, son salaire lui permet d’être au-dessus du seuil de pauvreté et de répondre à ses besoins, mais lorsqu’il a un emploi au salaire minimum, il ne peut pas vivre adéquatement. Le Front commun pour la justice sociale a publié une étude sur le revenu net et les dépenses de quatre catégories de travailleurs au salaire minimum. À la fin de l’année, tous avaient un déficit par rapport à leurs dépenses annuelles. Donc, un emploi ne garantit pas une vie hors de la pauvreté.

En réalité, la grande majorité des bénéficiaires de l’aide sociale ne sont pas aptes au travail, que ce soit en raison d’un manque de qualifications, d’éducation, de maladie grave, de problèmes physiques ou mentaux, etc. Ils et elles ne seront jamais employables et nous devons, comme société, l’accepter une fois pour toutes et cesser de les harceler.

D’autre part, M. Higgs suggère que nous sommes devenus trop tolérants envers les citoyens qui dépendent de l’aide sociale pendant plusieurs années pour survivre. Il faudrait maintenant scruter la vie de ces bénéficiaires pour savoir depuis combien de temps ils sont sur l’aide sociale et selon une mesure arbitraire, disons un minimum de deux à cinq années, devenir intolérant envers eux. Vouloir mousser l’intolérance envers des citoyens à part entière qui ont le malheur de vivre dans la pauvreté et d’être à la merci de notre filet de sécurité sociale est honteux!

Une autre affirmation du discours qui nous fait sourciller est de dire qu’on en donne trop à certains bénéficiaires, et que cela nous empêche d’en aider d’autres, ceux qui ne peuvent absolument pas travailler à cause d’un handicap. Comment faut-il prendre cette affirmation? Qu’on devrait maintenant couper les revenus d’une catégorie de bénéficiaires pour transférer cet argent vers une autre catégorie? Au lieu d’aborder le problème, M. Higgs diviserait les différentes catégories de bénéficiaires stipulant qu’une catégorie est plus méritante qu’une autre. C’est honteux de tenir un tel discours de la part de notre premier ministre.

Pour votre information M. le premier ministre, près d’un tiers de tous les bénéficiaires de l’aide sociale n’ont pas reçu d’augmentation de leur taux de base depuis 2010 et les autres depuis 2014. Tous ont perdu une partie importante de leur pouvoir d’achat à cause de l’inflation et de l’augmentation des prix pour les besoins de base.

La réalité est que des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants sont déjà soumis constamment à de la surveillance de la part du ministère.

La réalité est que tous et toutes sont victimes des préjugés de l’ensemble de la population.

M. Higgs dit vouloir réformer l’aide sociale, mais son discours ne nous rassure pas. Ce dont nous avons besoin au Nouveau-Brunswick, c’est une discussion franche et ouverte sur la pauvreté et sur les façons de la réduire. Le processus de révision du plan de pauvreté pour les prochaines cinq années va s’amorcer et nous croyons que c’est l’occasion idéale pour mener une large réflexion sur les outils et actions nécessaires pour réduire la pauvreté et enrayer les préjugés qui y sont rattachés.

Pauline Richard, coprésidente
Front commun pour la justice sociale