La partage de la richesse, c’est pour quand?

On vient tout juste d’annoncer une majoration des quotas de crabe de 34% pour 2019.

Les grands gagnants: les pêcheurs qui, en six ou huit semaines, vont bénéficier d’une plus grande ressource et vont obtenir un meilleur revenu. Tout ça en choisissant à qui vendre et à quel rythme ils font leurs captures.

Il y a aussi les usines qui auront un plus gros volume de production à faire, qui devront avoir une main-d’œuvre sur laquelle ils peuvent compter. La production devra être sans faille, le temps de pêche étant très limité, les semaines de production vont être exténuantes. Le crabe étant une matière première très sensible, il faut maintenir certains standards de qualité, exigences des marchés obligent.

Il y a les employés qui devront travailler des heures épouvantables, voire inhumaines pour transformer tout ce crabe, avec l’incertitude de cumuler les heures nécessaires pour obtenir des prestations d’assurance-emploi. Qui d’entre nous seraient prêts à travailler entre 80 et 100 heures par semaine, pendant six à huit semaines consécutives? Cette laborieuse force ouvrière est épuisée après des saisons effrénées de production.

Il y a des lois régissant le travail, qui, si elles sont appliquées, viendraient régir ces abus. Qu’attend le gouvernement pour protéger les employés?

Actuellement, les pêcheurs sont les maîtres de cette industrie. Les quotas leur sont exclusivement attribués, ils décident du rythme des captures, à qui ils les vendent, sans aucun remord si, pour quelques sous de plus la livre, ils vont décharger leurs cargaisons à l’extérieur de la région.

Pourtant à travers le monde, il y a des endroits où les quotas sont partagés entre tous les acteurs de l’industrie, soit les pêcheurs (33% du quota), les usines (33% du quota) et les communautés (33% du quota).

Il est grand temps qu’une industrie qui génère quelques centaines de millions de dollars chaque année prenne ses responsabilités envers les travailleurs. Je cible non seulement les usines, mais aussi les pêcheurs. L’industrie du crabe est la plus subventionnée que je connaisse, avec cette manne annuelle de plusieurs millions versés aux travailleurs d’usine qui peinent à joindre les deux bouts. Dans le contexte actuel, on devrait peut-être parler d’aide sociale. Trouvez-moi un autre secteur économique qui bénéficie d’une telle aide annuellement…

Les gouvernements se complaisent dans ce chaos. Ils peuvent jouer au sauveur et ainsi s’attirer des votes. Les travailleurs d’usine peuvent faire gagner ou perdre des élections dans ce coin de pays. D’ailleurs, le droit de vote, c’est la seule réelle richesse des travailleurs.

Solutions

Je crois qu’il y a des solutions aux problèmes qui affectent le domaine des pêches, particulièrement le secteur du crabe.

En plus d’une formation plus ciblée pour les travailleurs sur les compétences nécessaires, les quotas devraient être répartis entre les différents acteurs de cette industrie afin de partager le pouvoir entre partenaires égalitaires. Le gouvernement fédéral devrait donner 30% des quotas aux pêcheurs, 30% aux usines, 30% aux communautés et 10% aux travailleurs. Je m’explique.

Le 30% accordé aux pêcheurs serait une valeur sûre. Seul un pêcheur accrédité ayant un permis conforme serait autorisé à pêcher. Ce pêcheur pourrait transférer son permis, en accord avec le fédéral, uniquement à une personne impliquée dans la pêche. Impossible de le vendre à une usine ou à un investisseur qui n’est pas actif dans la pêche. Seul un pêcheur pourrait avoir un quota et un permis. Ce pêcheur devra avoir de bonnes pratiques, clairement établies, et une formation accréditée pour obtenir et conserver son permis.

Le 30% dédié aux usines leur permettrait de mieux se financer et de fidéliser ses pêcheurs. Également, elles seraient en mesure de mieux coordonner les débarquements, donc de gérer en fonction de la capacité de l’usine et avoir toujours du crabe frais à produire.

Le 30% versé à la communauté pourrait être vendu par soumission aux pêcheurs ou usines. Les fonds perçus pourraient servir à des projets communautaires relatifs aux bien-être des gens, ou au financement de structures communautaires.

Le 10% pour les travailleurs serait réparti entre les usines sur la base du nombre d’employés embauchés. L’argent obtenu servirait à bonifier le salaire des employés, qui devrait être de 15 $ l’heure et le reste investi dans un fonds de pension pour les employés. Ceci ne doit pas permettre aux usines de diminuer leur participation dans le salaire de leurs employés.

Le permis de pêcher ou de produire doit être vu comme un privilège et non comme un droit. Donc, je préconise une véritable inspection des bateaux et des usines (inspection non annoncée), et des conséquences à la non-application des normes de salubrité et de qualité. Après tout, ils manipulent de la nourriture qui sera servie dans nos assiettes…

Il faudrait que la saison de pêche soit répartie au printemps et à l’automne, ceci permettrait de fonctionner avec une force ouvrière plus restreinte et permettrait peut-être d’assurer une stabilité de la main-d’oeuvre et moins de blessures industrielles dues à de trop longues heures de travail.

Le ministère du Travail doit faire respecter la loi sur le travail.

J’ai une formation de deuxième cycle en ressources humaines et en éducation aux adultes et durant 25 ans, j’ai agi comme ressource auprès d’industries de toute sorte. Mon plus gros client avait 18 000 employés, mon plus petit, deux.

Il est temps que des choses, des manières de faire, changent si on veut véritablement que cette industrie continue à nous appartenir, à être prospère et qu’elle fasse partie de notre patrimoine pour les générations à venir.

Il est temps de privilégier autre chose que le statu quo et faire de véritables changements.

Je ne veux offenser personne par mes propos et je m’en excuse si c’est le cas.

Si je me permets un tel article, c’est dans l’espérance d’une industrie mieux structurée, moteur économique de notre région et de la province.

Réginald Boudreau
Grande-Anse