Savoir ou espionnage?

J’apprends que notre gouvernement provincial pense à bannir l’Institut Confucius du Nouveau-Brunswick.

La spécialité des médecins, c’est la médecine. On s’attend à ce qu’ils donnent des conseils sur la maladie et la prévention de la maladie. Le médecin vous dira de manger moins de viande rouge. Cela ne veut pas dire que dans votre cas, cela fera une différence. Le médecin vous informe des choses qui peuvent vous arriver.

La spécialité des agents de sécurité du gouvernement est d’être nos paranoïaques en chef, ceux qui nous préviennent de ce qui peut arriver. Il faut qu’ils le fassent. Il y a possibilité que les activités de Chinois de l’Institut Confucius au Canada servent de base et de couverture pour de l’espionnage de la part du gouvernement chinois. C’est certain qu’ils sont des yeux de la Chine dans notre pays, tout comme les Canadiens qui œuvrent en Chine comme professeurs d’anglais sont des yeux du Canada à l’intérieur de la Chine. Est-ce grave ou préoccupant ? À mon avis, pas nécessairement.

Une chose me paraît certaine, ces hommes et femmes venus enseigner le mandarin et la culture chinoise contribuent à une perception plus positive de la Chine chez les personnes qui font leur connaissance. À leur retour en Chine, je suis certain qu’ils contribueront à une meilleure perception du Canada autour d’eux. Ils arrivent ici bien endoctrinés. Ils retournent en Chine avec des doutes et des perceptions modifiées.

Le président et les services de renseignements chinois ne sont pas la Chine. Ils ne sont pas éternels tout comme le Politburo de l’URSS n’était pas la Russie et il ne l’est manifestement plus aujourd’hui. Le peuple chinois n’est pas son gouvernement. Les relations entre les peuples, c’est différent des relations entre les gouvernements. Les gouvernements passent, les peuples restent.

Si on veut parler de l’espionnage scientifique et technologique, qui est l’espionnage de loin le plus coûteux (à cause de vol de secrets industriels), je me méfierais beaucoup plus des dizaines de milliers d’étudiants chinois en science et ingénierie actuellement présents au Canada que de quelques dizaines de jeunes personnes en train d’enseigner le mandarin et la culture chinoise dans des écoles. S’inquiéter de quelques dizaines de jeunes diplômés en langue ou en anglais qui enseignent à des enfants ici, cela me paraît faire beaucoup de bruit avec peu de choses. Peut-être l’inquiétude pourrait venir plutôt du personnel qui les encadre. Encore là, est-ce si important?

Je suis prêt à croire que des Chinois profitent de leur présence ici pour transmettre des informations utiles à leurs commettants en Chine. C’est sûrement à évaluer. Par ailleurs, ces jeunes enseignants contribuent à la connaissance réciproque entre nos peuples. Ils changent notre perception de la Chine comme nos Canadiens qui enseignent en Chine contribuent à la connaissance du Canada. Quand ils retournent en Chine, ils rapportent des informations et des nuances que leur endoctrinement ne leur avait pas données. Même chose pour nos Canadiens revenus ici.

Si on tient à ce que tout le monde ici voit la Chine et les Chinois à travers des lunettes noires, c’est sûr qu’on doit tout faire pour que les gens gardent et acquièrent des préjugés anti-chinois. En 1940, entretenir en France l’idée que les jeunes Allemands étaient de bonnes personnes aurait été un tabou. Maintenant, c’est différent. Je pense qu’il faut rester critique. Les Chinois ne sont pas des anges et nous non plus. C’est sain d’avoir une certaine méfiance du pouvoir chinois. Le pouvoir chinois n’est peut-être pas complètement conscient du risque que les Chinois qui viennent ici commencent à y voir plus clair dans leur propagande. Je crois qu’il ne faut pas être défaitiste et croire que la présence de chinois ici ne sert que les intérêts de la Chine. Croyons-nous que le «Canadian International School of Beijing» dirigée par un Nouveau-Brunswickois et les autres du même genre en Chine sont une menace pour ce pays? Avons-nous intérêt à cette présence en Chine?

Il ne faut se laisser emporter par la rhétorique anti-chinoise de Donald Trump. C’est mon avis.

Daniel Beaudry
Moncton