SCFP: Indignation démasquée

Les représentants du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) et du Conseil des syndicats des foyers de soins du Nouveau-Brunswick (CSFSNB) ont clairement exprimé leur indignation à la suite de la décision rendue par la Cour du Banc de la Reine de suspendre le droit de grève de leurs membres pendant dix jours. Les manifestations publiques subséquentes ont rendu palpable le ressentiment légitime que portent les travailleuses et les travailleurs de la province.

En effet, les 4100 employés des foyers de soins doivent maintenant négocier leurs salaires et leurs conditions d’emploi sans le droit de grève, une situation qui risque de perdurer bien au-delà du sursis fixé (et des autres à venir) si la cour donne raison au gouvernement Higgs à la conclusion de l’examen en révision judiciaire.

Devant la judiciarisation des conventions collectives au nom de l’équilibre budgétaire, le SCFP a l’obligation de s’indigner contre l’utilisation opportune et chancelante des «services essentiels». Il doit aussi porter bien haut le flambeau qui éclaire les sentiers de la foi en la justice. À cet égard, la directrice régionale du SCFP, Sandy Harding, avait raison d’affirmer en conférence de presse que les travailleuses et les travailleurs des foyers de soins méritent le respect du gouvernement et de l’employeur, l’Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick (AFSNB).

Le SCFP sait toutefois qu’il ne dispose pas de toute la latitude pour parvenir à ses fins, ou faire la leçon au gouvernement en matière d’intégrité. Considérons une affaire sordide jusqu’ici sciemment enfouie dans le terreau nauséabond du secret sur lequel veillent des hommes et des femmes de pouvoir.

Au moment où les syndiqués des foyers de soins rejetèrent l’entente de principe en mai 2018, le SCFP se trouvait au centre d’un autre conflit. Après avoir congédié un de ses propres employés en août 2017, le SCFP a été débouté par une décision arbitrale rendue le 9 novembre 2018. À la conclusion des huit jours d’audience qui l’ont précédée, Guy G. Couturier, Q.C., a en effet établi que le SCFP (comme employeur) avait enfreint des articles clés de la convention collective signée avec le Syndicat canadien du personnel (SCP).

Suivant l’obligation de réintégrer l’employé lésé et de lui verser sa pleine rémunération rétroactive, le SCFP a respecté la première partie de l’ordonnance, mais pas la seconde. Pendant des mois après sa réintégration comme représentant syndical au SCFP, l’employé a tenté d’obtenir son paiement rétroactif. Le SCFP a préféré le dépôt d’un avis de requête en révision judiciaire que la greffière de la Cour du Banc de la Reine du Nouveau-Brunswick a homologué le 14 janvier 2019.

Dans ce document laconique qui résume les motifs de sa démarche, le SCFP considère comme «déraisonnables» les conclusions de l’arbitre Couturier en ce qui a trait à l’application de la convention collective et de la Loi sur les relations industrielles du Nouveau-Brunswick.

Ayant suivi l’affaire durant et après les audiences du printemps et de l’été 2018, j’ai de sérieuses réserves sur la justesse de cette lecture, non pas comme avocat (que je ne suis pas), mais comme discipline du bon sens.

J’ignore si la Cour du Banc de la Reine entendra les parties au cours des prochaines semaines, car le travailleur a remis sa démission la semaine dernière, désabusé par une organisation rongeant au quotidien et à l’intérieur de l’institution les fondements de ses propres valeurs.

Souhaitons entre-temps que le gouvernement Higgs n’ait pas le même succès contre les syndiqués des foyers de soins dans ce qui est déjà une guerre d’usure impossible à camoufler.

En attendant le résultat de cette négociation déterminante pour la qualité future des services offerts et des conditions de travail dans les foyers de soins, considérons le tort matériel et physique fait à l’employé et à sa famille privée pendant seize mois du revenu de son gagne-pain principal. Refaisons ensuite l’examen d’une organisation syndicale prête à occuper la place publique pour dénoncer les affronts aux travailleuses et travailleurs, sauf lorsque ceux-là sont ses employés. Il est temps de lever le voile sur ce silence qui vaut mille maux.

Nelson Ouellet
Moncton