Le rêve d’un budget féministe

J’attends le budget 2019 du gouvernement du Nouveau-Brunswick comme toute féministe attend le prochain choc. Tout en me disant que j’aimerais énormément de me tromper et de pouvoir célébrer le budget du 19 mars.

J’avais espoir, il y a un temps, que le règne Blaine Higgs-Kris Austin serait tempéré par leur profession de foi dans les politiques fondées sur des faits et des preuves. Mais depuis ce temps-là, on nous a dit que le lait au chocolat qui serait bon pour les enfants surtout les enfants pauvres, et que des ambulances en route vers des mourants étaient immobilisées par la loi sur les langues officielles. Et on nous vend un sondage truqué sur l’immersion en français qui sera un cas d’étude dans les écoles d’humour.

Le discours du trône Blaine Higgs-Kris Austin n’a fait aucune mention de questions féministes. La seule promesse électorale à connotation féministe de Blaine Higgs n’y est même pas reprise, bien que je ne m’en plains pas. C’était une promesse sortie de nulle part, revendiquée par aucun organisme – il promettait un Conseil consultatif sur la santé des femmes, et une fiducie de recherche de 5 millions $. On a pu entendre un «hein» collectif des féministes. Si seulement Higgs s’était engagé à l’analyse inclusive selon les sexes, on pourrait y croire.

Le discours n’a fait aucune mention de ça ni des femmes, de l’inégalité entre les sexes, de l’équité salariale, de la violence faite aux femmes, des garderies ou de l’analyse inclusive. Parler de femmes semble être aussi tabou que de parler de sexe pour M. Higgs et M. Austin.

Le meilleur moment féministe dans les 12 derniers mois au Nouveau-Brunswick a été quand le Conseil des femmes du Nouveau-Brunswick, que M. Higgs a dit en campagne continuerait d’être financé par son gouvernement, a dénoncé l’expression fétiche de ce gouvernement, «gros bon sens», rappelant que cette expression a souvent été évoquée pour maintenir le statu quo et priver certains groupes de leurs droits. «Le gros bon sens présume un point de vue commun et universel» disent ces femmes, alors qu’un tel consensus n’existe pas souvent.

On peut au moins célébrer l’annonce récente que l’expansion des centres de garde des enfants entamée par le gouvernement précédent sera poursuivie. Mais surveillons de près l’implantation, les salaires offerts dans ce «travail de femme» et le respect des droits des enfants francophones.

Certains pensent que ce premier budget Higgs-Austin traitera au moins de la lutte à la pauvreté et des besoins en santé mentale, des dossiers avec impact direct sur les femmes. Mais pour Higgs-Austin, pauvreté veut dire assistés sociaux et assistés sociaux veut dire des gens qui doivent trouver un emploi. Avec de tels novices aux contrôles, les choses pourraient empirer.

Les coupures sont une religion pour certains, des sacrifices qu’on offre aux dieux. Ça s’approche du minimalisme puritain. Rien à voir avec relancer l’économie. Blaine Higgs et Kris Austin ont cette foi. On peut lire dans le discours du trône, «Chaque dollar que nous dépensons pèsera lourdement sur nos enfants et nos petits-enfants». Eh bien, chaque dollar que nous ne dépensons pas peut peser lourd itou. C’est une question de jugement et de planification. Dans bien des dossiers, on paie maintenant ou on paie davantage plus tard. L’investissement, et non pas l’austérité, donne des résultats. Il y a des faits et des preuves, si jamais quelqu’un croit dans cette sorte de chose.

Rosella Melanson
Fredericton