Faux pour le tout

Le 4 mars, l’ancienne ministre de la Santé Dre Jane Philpott a subitement démissionné du cabinet. Elle a rappelé qu’en tant que médecins, nous devons faire preuve d’honnêteté et de transparence envers nos patients, nos collègues et les autres professionnels de la santé. Malheureusement, nous avons tous constaté que ces normes élevées ne semblent pas s’appliquer à nombre de politiciens. Elle et Mme Jody Wilson-Raybould y font heureusement exception.

Mme Wilson-Raybould a témoigné le 27 février devant le Comité de la justice de la Chambre des communes concernant l’affaire SNC-Lavalin. Elle a expliqué en détail la façon dont elle et son personnel faisaient l’objet d’un «effort constant et soutenu» pour la convaincre d’interférer dans une décision judiciaire. Au moins 10 appels téléphoniques, 10 réunions et plusieurs messages texte provenant de 11 personnes faisant partie du cabinet du premier ministre et d’autres ministères.

Elle s’est montrée claire, méthodique, concise, factuelle et a tenu des propos accablants. Même le journal Toronto Star, habituellement prolibéral, a déclaré dans un éditorial: «Nous en sommes maintenant à un combat de crédibilité entre Wilson-Raybould et les libéraux, le premier ministre se trouvant au centre de tout cela. À cet égard, la tâche qui attend les libéraux n’est pas facile. L’ancienne ministre était un témoin très crédible; son histoire devra être contrée par des faits, et non des slogans…»

Et qu’en est-il de la crédibilité du premier ministre? Il a qualifié sa version des faits de «fausse». Pourtant, un sondage effectué par Public Square Research a révélé que 73% des répondants l’ont trouvée plus crédible, contre 27% en faveur de M. Trudeau.

Prenons seulement deux exemples récents où il a fait de fausses déclarations: il a déclaré à la Chambre, le 20 février dernier: «Nous lutterons toujours pour la défense des bons emplois partout dans le pays».

Il déclare protéger 9000 emplois canadiens chez SNC-Lavalin (seulement 2500 au Québec). Toutefois, l’entreprise possède un effectif mondial de plus de 50 000 employés, et seuls 31% de ses revenus de 2017 provenaient du Canada. M. Trudeau a largement ignoré les pertes du secteur de l’énergie, car même si les employés de GM à Oshawa, en Ontario, ont dû faire face à la perte de 2500 emplois, l’industrie pétrolière a connu le même nombre de pertes sur une base mensuelle, et ce, pendant 18 mois consécutifs. L’industrie pétrolière et gazière est six fois plus importante que l’industrie manufacturière.

M. Trudeau n’a exprimé aucun intérêt envers la réactivation d’Énergie Est, alors que le pipeline Trans Mountain est bloqué dans les dédales administratifs depuis des années. Le projet de loi C-69 est actuellement étudié par le Sénat. Cela pourrait avoir une incidence sur le forage en mer à Terre-Neuve-et-Labrador. Tous les premiers ministres de l’Atlantique ont demandé à ce que des modifications soient apportées.

Le 28 février, la première ministre de l’Alberta, Rachel Notley, a fait une mise en garde: «Dans les Maritimes, ils importent du pétrole saoudien. Ici en Ontario, vous importez du pétrole américain, tous deux au prix du marché mondial; pendant ce temps, en Alberta, nous réduisons la production… J’ai dit (au Sénat) très clairement que ce n’est pas ainsi que l’on bâtit un pays».

Prenons un deuxième exemple, à savoir la santé: lorsqu’il fût interrogé sur les plans de réforme de la santé en Ontario, M. Trudeau a déclaré: «Dans le passé, nous avons pris des mesures lorsque les provinces ne se conformaient pas à la Loi canadienne sur la santé, et nous nous assurerons que chaque province respecte les exigences de cette dernière». (Ottawa Citizen, le 8 février).

Cela aussi est manifestement faux. Tout comme ses prédécesseurs, il n’a fait respecter que certaines parties de cette loi fédérale, de manière sélective, c’est-à-dire en interdisant les frais d’utilisation et la surfacturation. Toutefois, comme l’ont découvert des personnes de Papineau, et surtout de l’ouest du Québec, leurs prestations médicales n’ont jamais été entièrement transférables, même si la section 11 de la LCS l’exige clairement. Lorsque ces Québécois sollicitent des soins médicaux en Ontario ou toute autre province, peu de médecins acceptent leur régime d’assurance-maladie. Les patients doivent plutôt débourser eux-mêmes les frais médicaux et attendre des semaines, voire des mois, avant de recevoir le remboursement partiel du gouvernement du Québec.

M. Trudeau a voté à Ottawa en mai dernier et a reconnu à ce moment-là être désormais un résident autorisé de l’Ontario. Il possède ainsi presque assurément une carte du Régime d’assurance-maladie de l’Ontario (RAMO) entièrement transférable, contrairement aux électeurs de Papineau dont il assure se soucier.

En ce qui a trait à la crédibilité de Trudeau, les exemples mentionnés ci-dessus rappellent le principe de common law: «Falsus in uno, falsus in omnibus. – Faux pour une chose, faux pour le tout».

Dr Charles S. Shaver
Ottawa